
La réglementation du carbone d'ici peut être une occasion d'affaires et un moteur de croissance pour des entreprises manufacturières d'ici, et en même temps un désavantage concurrentiel quand des rivales ailleurs dans le monde ont des coûts inférieurs d'adaptation à leurs propres exigences nationales sur le carbone.
L’entreprise Boivin Évolution de Saint-Romuald conçoit, développe, fait fabriquer et commercialise des bennes automatisées, qui fonctionnent avec des batteries et moteurs électriques. Ces bennes permettent de réduire la consommation de carburant de camions de collecte de matières résiduelles résidentielles.
« La benne n'utilise pas la puissance du moteur thermique du véhicule. Pour nous la réglementation carbone et les politiques climatiques c'est positif, dans le sens qu'elles créent une demande qui est une occasion d'affaires. Des clients veulent nos produits pour s'y adapter », affirme Michel Filion, vice-président des opérations chez Boivin.
À son avis, des économies de 25 à 35 % en carburant peuvent ainsi être réalisées par les clients par rapport à une benne hydraulique. Les bénéfices de la réglementation et des politiques pour Boivin Évolution sont donc supérieurs à ses inconvénients, par exemple des coûts plus élevés pour le transport de ses intrants et produits.
De son côté, l'entreprise de transport international FedEx semble aussi pouvoir vivre avec les règles sur le carbone et en tirer avantage. Elle affirme appuyer la recherche pour la disponibilité de crédits de carbone « durables et de bonne qualité », de manière à « neutraliser ce qui reste de ses émissions de gaz à effet de serre résiduelles qui ne peuvent pas être complètement éliminées grâce à des innovations technologiques ».
FedEx soutient appuyer la recherche et des initiatives en économie circulaire, ainsi que travailler vers l'atteinte de la carboneutralité de ses opérations d'ici 2040, ce qui inclut décarboner ce qui peut l'être et cocréer des innovations avec des parties prenantes.
L'entreprise manufacturière Alcoa, fabricant de produits d'aluminium, consommatrice majeure d'électricité et plus gros client d'Hydro-Québec, mentionne que « la politique climatique peut servir de levier quand elle crée une tarification carbone prévisible et transparente, ainsi qu'un mécanisme de marché bien conçu, par exemple de type plafonnement et échange, définissant des résultats clairs pour les réductions d'émissions » et envoyant des « signaux efficaces » pour investir en décarbonation.
À son avis, la réglementation climatique doit aussi pour fonctionner fournir de la flexibilité et des accommodements aux entreprises avec une consommation intensive d'énergies et avec des concurrents internationaux, d'ici à ce qu'une action coordonnée et une solution globale aient été mises en œuvre vers une société à faible émission.
Alcoa considère que des difficultés peuvent être rencontrées par des entreprises comme elle, quand les politiques climatiques produisent des tarifications carbone inégales d'un pays, d'une région ou d'un territoire à l'autre, créant des « distorsions concurrentielles », alors que des usines ont ainsi des coûts que d'autres n'ont pas.
Malgré des « contraintes carbone », Alcoa dit avoir des objectifs à long terme de réduction de ses émissions de GES, intégrer des considérations climatiques à ses décisions majeures et évaluer les opportunités et risques liés aux réglementations.
« C'est clair que la réglementation ajoute des contraintes au sens où ce sont des coûts de production supplémentaires et par rapport à d'autres juridictions, qui n'ont pas les mêmes coûts et règles. Nous ne nous battons pas à armes égales, notamment avec les concurrents américains », explique davantage Jocelyn Allard, président de l'Association québécoise des consommateurs industriels d'électricité.
De plus, ce dernier précise que les marchés pour des produits comme l'aluminium et l'acier ne reconnaissent pas encore de valeur dans les prix d'achat aux produits issus d'opérations et de procédés décarbonés et que des clients continuent d'acheter le produit le moins cher, par exemple des fabricants d'éoliennes. Sur les déclarations obligatoires d'émissions de GES, il mentionne que les plus grandes entreprises visées ont plus de moyens et de personnes à l'interne pour s'en occuper que les plus petites.
« Il y a un coût à tout ce que tu fais dans une usine. Si j'ai des coûts de mesures à mettre en place pour réduire mes émissions, des coûts d'achats de crédits de carbone ou des coûts de production de rapports et que mes concurrents ailleurs dans le monde n'ont pas à faire ça, évidemment leur tonne de métal va être moins dispendieuse que la mienne. Ça revient toujours à la même question : est-ce que le marché est prêt à payer plus cher pour une marchandise moins carbonée », a-t-il ajouté.
Jocelyn Allard considère que de bonnes choses se font, par exemple en installations de fours électriques, en remplacement d'utilisations d'énergies fossiles et en projets de conversions et de décarbonation, mais que de l'électricité doit être disponible pour qu'il y en ait plus. « On doit réduire les émissions de GES à cause des réglementations carbone, ça prend de l'électricité pour y arriver, mais il n'y en a pas », conclut-il.
Selon la Fédération canadienne de l'entreprise indépendante, les petites et moyennes entreprises sont les plus affectées par la bourse du carbone et par la tarification carbone au Québec. « Le marché du carbone a généré des milliards de dollars en revenus. Ces sommes sont largement distribuées à de grandes entreprises et à des multinationales », affirmait-elle dans un communiqué du 1er octobre 2025.
Selon elle, « le fédéral a remboursé 3,1 milliards de dollars aux PME du pays, à l’exception de la Colombie-Britannique et du Québec, avant de mettre fin à sa taxe carbone. Ici, on persiste avec un mécanisme qui fait grimper le prix de l’essence pour les PME. Chaque litre coûte plus cher aux PME à cause de la bourse du carbone. Elles veulent contribuer à la transition, mais elles ne désirent pas payer pour les autres ».