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Apr

L’économie circulaire inspire des changements durables pour un monde meilleur

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Auteur:  
Guy Hébert

De plus en plus d’entreprises et de secteurs industriels au Québec commencent à adopter le modèle d’affaire de la circularité. Plusieurs observateurs diront même que le Québec est plutôt avant-gardiste en matière d’économie circulaire en Amérique du Nord, tout en reconnaissant que des endroits comme l’Europe possèdent une longueur d’avance sur nos entrepreneurs. Les entreprises qui songent à la circularité peuvent profiter d’accompagnement et de formations pour les guider dans l’adoption de nouvelles façons de faire.

Directeur général de la coopérative Tricentris depuis 2023, alors que l’entreprise fondée en 1996 opérait trois centres de tri pour traiter 25% de la matière recyclée du Québec, Dany Dumont avait comme mission première de modifier sensiblement les activités et les structures de Tricentris. Cette dernière est une coopérative dont les membres sont des municipalités regroupant plus de quatre millions de québécoises et de québécois.

« Par ailleurs, je pourrais vous dire que les stratégies de circularité sont applicables à toutes les échelles – c’est ce que prouvent chaque année les Prix initiatives circulaires qui reconnaissent des initiatives innovantes de toute nature, toute ampleur », de dire Émilie Chiasson, animatrice chez Québec Circulaire. Une économie circulaire plus locale permet aux entreprises en général de sécuriser des approvisionnements stratégiques en ressources et en énergie, tout en développant des filières régionales fortes.

Les 3RVE

En modifiant la loi sur la collecte sélective sur son territoire, le gouvernement du Québec a forcé la main de Tricentris qui est alors devenu un leader en réduction et en récupération des matières. « Tricentris a rapidement élaboré un volet complet d’économie circulaire en débutant par l’adoption et la promotion de la pratique des 3RVE, les principes de base guidant les entreprises sur le chemin de l’économie circulaire : Réduire, Réutiliser, Recycler, Valoriser et Éliminer. Nos membres ont analysé notre positionnement, nos forces et nos faiblesses afin de réaliser une réflexion stratégique. Nous nous sommes donné la mission de sensibiliser et d’éduquer les municipalités, leurs populations ainsi que les citoyens corporatifs dans les meilleurs pratiques », explique Dany Dumont, qui a fait carrière dans l’aérospatial pendant 23 ans avant de faire le saut chez Tricentris.

Les premiers pas dans la circularité pour une entreprise passent par la réduction des déchets, le réemploi, soit la réutilisation des mêmes objets plusieurs fois et autres mesures dont l’objectif est de l’aider à réduire le gaspillage et la consommation. « Le déchet d’une entreprise peut être un intrant pour une autre corporation. Nous offrons maintenant des services d’ingénierie afin d’analyser les besoins d’une entreprise », renchérit Dany Dumont. La réduction des déchets génère une certaine réduction des coûts mais il y a quand même un prix à la récupération. Pour certaines entreprises manufacturières, le recyclage des métaux peut être rentable.

Analyse des coûts des flux de matières

« En prolongeant la durée de vie des produits, en intensifiant leur usage et en valorisant les produits, matériaux et composantes en fin de cycle, les entreprises peuvent générer des économies ou de nouveaux revenus. Ensuite, chaque entreprise doit faire son propre diagnostic pour déterminer les stratégies appropriées pour sa situation », ajoute Émilie Chiasson. « Une analyse des coûts des flux de matières (ACFM) réalisée à l’université Laval, révélait que les entreprises sous-estiment jusqu’à 20 fois le coût réel de gestion de leurs matières résiduelles. Les stratégies de circularité permettent de réduire largement ces coûts. »

Le Centre de transfert technologique en Écologie industrielle (CTTEI) de Sorel Tracy, en collaboration avec le Centre de recherche en comptabilité et en développement durable de l’université Laval, offre sur son site internet (cttei.com) un guide afin de réaliser une analyse des coûts des flux des matières. Une telle analyse évalue les coûts de la gestion des déchets, y compris la location de conteneurs à déchets, les redevances à l’élimination, la surcharge pour le carburant, etc. L’analyse incorpore également une estimation des coûts cachés comme l’acquisition des matières, les dépenses énergétiques, les coûts de main-d’œuvre, les immobilisations et l’amortissement de certains investissements.

En réalisant une ACFM, les entreprises arrivent à apprécier les impacts économiques connexes aux déchets et à élaborer des mesures d’amélioration, tel le remplacement des intrants, la modification des procédés, le recyclage interne ou encore la vente de sous-produits. Une ACFM est un outil permettant d’identifier des occasions d’augmentation des bénéfices tout en réduisant l’empreinte environnementale d’une organisation. Une ACFM permet de : connaître le coût réel des rejets durant la production d’un bien, identifier les matières pouvant générer des économies et améliorer la productivité et la rentabilité.

Prix initiatives circulaires

Une organisation ayant pignon sur rue au Québec peut s’inscrire aux Prix initiatives circulaires, qui en est à sa sixième édition en 2026. Il s’agit pour ces entreprises de faire reconnaître une ou plusieurs initiatives d’économie circulaire. Une fois la période des inscriptions terminées, le public est invité à voter pour l’initiative coup de cœur sur la plateforme de Québec Circulaire. Des initiatives coup de cœur seront ainsi décernées dans toutes les régions du Québec. Ces candidatures sélectionnées par le public seront ensuite soumises à une analyse d’un grand jury composé d’experts qui choisiront sept lauréats dans les domaines suivants :

  • Organisation en démarrage: organisation à l’étape du développement de projet.
  • Petite entreprise: organisation à but lucratif de moins de 50 employés.
  • Moyenne et grande entreprise: organisation à but lucratif de 50 employés et plus.
  • Municipalité, institution et gouvernement: organisation publique ou parapublique.
  • OBNL, coopérative et association: organisation associative citoyenne, à but non lucratif ou coopérative.
  • Équipe de recherche-action: équipe de recherche composée d’au moins un.e chercheur.euse et d’un partenaire de terrain.
  • Prix Montréal circulaire: initiative identifiée sur le territoire de Montréal.

Au mois de février dernier, l’accélérateur Esplanade Québec a annoncé son intention de propulser 50 entreprises en circularité d’ici 2028, en étendant son programme Mouvement circulaire à l’ensemble du Québec. Esplanade Québec est un organisme soutenu par Recyc-Québec, la Ville de Montréal et Tricentris. Dans le cadre de cette initiative d’accompagner 50 entreprises sur la route de la circularité, le bioalimentaire, la construction-rénovation-démolition, le plastique et le textile sont les quatre secteurs qui seront priorisés.

Les entrepreneurs qui voudraient prendre le chemin de l’économie circulaire, peuvent profiter des services offerts par divers organismes. Le CERIEC (Centre d’études et de recherches intersectorielles en économie circulaire), de l’École des technologies supérieures, dispense régulièrement des formations pour gestionnaires. Finalement, les entrepreneurs reconnaissent que l’économie circulaire ne se définit pas simplement par le recyclage. Il s’agit en réalité d’un ensemble de stratégies structurantes répondant à de multiples objectifs tout en conservant nos ressources. La circularité inspire des changements durables pour un monde meilleur.

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