
Logistique CAF est située à Lévis. À première vue, c’est essentiellement une entreprise d’entreposage. Mais lorsqu’on y regarde de plus près avec ses différentes divisions d’opérations logistiques, il s’agit ni plus ni moins que d’un centre de distribution clés en main pour les entreprises manufacturières qui préfèrent se concentrer sur leur champ d’expertise principal.
L’entreprise est née en 2006, presque par accident. Le président Frédéric Fortier était déjà impliqué dans des opérations de transport par camion et, un jour, un partenaire d’affaires qui venait de faire l’acquisition des actifs d’une usine en Alberta lui a demandé de les déménager pour lui à Saint-Nicolas, tout près de Lévis.
« En descendant le stock, ils se sont aperçus qu’ils manqueraient de place. Ils m’ont alors demandé si je connaissais un endroit où on pourrait entreposer et faire de la préparation de commandes de leurs camions et faire des livraisons de pièces détachées deux fois par jour », explique M. Fortier en entrevue au Magazine MCI.
C’est ce qui l’a incité à jeter les bases d’une toute nouvelle entreprise. Outre l’entreposage, CAF fait du courtage en transport. C'est-à-dire qu’elle sélectionne au nom de ses clients manufacturiers les meilleurs transporteurs au meilleur prix et gère pour eux les mouvements de transport.
Troisième volet : Logistique CAF possède tout près de 200 remorques offertes en location. Elles sont louées à des entreprises manufacturières qui désirent les utiliser pour faire de l’entreposage sur leur propre site ou encore à des transporteurs partenaires qui les font rouler entre différents points de cueillette et de livraison.
Chacune des divisions est complémentaire aux deux autres.
« Je dirais que chaque segment [de l’entreprise] alimente les autres, mais que c’est grâce au service d’entreposage que j’ai été capable d’aller augmenter mes services en gestion de transport, donc en courtage. En plus, avec les clients d’entreposage, il y a eu de la demande pour de la location de remorques », résume M. Fortier.
Depuis son récent agrandissement, l’entrepôt de Lévis fait désormais 60 000 pieds carrés, dont 40 000 pieds carrés ont une hauteur de plafond de 35 pieds, le reste étant d’une hauteur de 25 pieds.
Le projet d’expansion a impliqué une injection de fonds de 10,5 millions $, capital auquel a participé Investissement Québec par le biais d’une aide financière.
« Grâce à son projet d’agrandissement, Logistique CAF se donne les moyens de générer de nouvelles occasions de développement et d’intégrer des technologies de pointe afin de mieux soutenir les entreprises de Chaudière-Appalaches », a déclaré la PDG d’investissement Québec, Bicha Ngo, lors de l’annonce de l’appui à l’entreprise de Lévis.
Outre ce bâtiment principal, Logistique CAF dispose d’une cour de 170 000 pieds carrés où elle peut stationner ses remorques ou encore accueillir les remorques que des clients voudraient stationner chez elle.
Lorsqu’on lui demande quelle est sa clientèle type, le président de Logistique CAF a cette réponse : « Ce sont des clients qui veulent qu’on aille chercher le matériel chez eux, qu’on amène de la matière première qu’on entrepose. On va chez eux porter la matière première, on ramène le produit fini et, de chez nous, on expédie ça chez leurs clients et on s’occupe de leur logistique. On devient une valeur ajoutée et non un coût. »
Transformer les données d’inventaire en leviers décisionnels, ça fait un très beau slogan, mais, concrètement, qu’est-ce que ça signifie?, avons-nous demandé à l’expert en logistique.
« En voyant la fluctuation de leurs types de produits des derniers mois, elles [les entreprises manufacturières] sont capables de voir les tendances, de voir si elles gardent les bons stocks, si elles font la bonne rotation des stocks et, en même temps, avec les dimensions et le poids, elles sont capables de voir s’il n’y a pas des décisions différentes qu’elles pourraient prendre pour être capables d’optimiser leur espace en plus de minimiser leurs coûts qui s’en viennent vers chez nous », répond M. Fortier.
Ces données d’inventaire sont disponibles en temps réel sur le portail Web de Logistique CAF.
« C’est un partenariat commun qui va faire en sorte que, en se partageant de l’information, on va être capables de devenir meilleurs, les deux entreprises », explique M. Fortier, ajoutant que l’entreprise développe ses propres applications de gestion d’entrepôt et de gestion de transport. « On investit beaucoup en R&D », précise le président de l’entreprise.
Il estime que les entreprises industrielles qui adaptent ce modèle de logistique en impartition peuvent devenir plus concurrentielles en réduisant l’espace plancher dont elles ont besoin chez elles et d’utiliser cet espace pour ce qui a le plus de valeur : la production.
Parmi les clients bien connus de Logistique CAF, on retrouve Hydro-Québec.
« On est comme une plaque tournante temporaire entre leurs fournisseurs ou leur centre de distribution de Montréal vers un chantier de la Côte-Nord », explique M. Fortier.
La technologie est au cœur du modèle d’affaires de Logistique CAF. Ce sont ses logiciels de gestion de l’inventaire, de la rotation des stocks et des mouvements de transport qui permettent d’orchestrer le ballet des marchandises entre le pôle que constitue l’entrepôt, les usines clientes et les clients de ces dernières.
M. Fortier dit envisager éventuellement l’utilisation de chariots autonomes pour déplacer la marchandise à l’intérieur de l’entrepôt, mais il dit vouloir procéder par étapes. La plus récente a été l’acquisition de chariots élévateurs d’un type nouveau.
« Un des aspects qu’on a amené dans le marché il y a cinq ou six ans, c’est un chariot élévateur pour allées étroites de 78 pouces. Le gars monte avec la palette jusqu’à ce qu’il puisse la localiser et qu’il voie exactement la poutre où il localise sa palette. Ça, c’est la phase avant les chariots élévateurs autonomes et capables de localiser les palettes tout seuls », dit-il au sujet de cette transformation évolutive.
Beaucoup de tâches administratives, dont la facturation, ont également été automatisées.
Mais il demeure que, pour le cœur de ses opérations, Logistique CAF a toujours besoin de personnel en chair et en os. Et comme pour beaucoup d’entreprises québécoises, le problème de rareté de main-d’œuvre y est bien réel.
« Les caristes sont rares, malgré les bonnes conditions et salaires qu’on offre. Malgré cela, on a de la difficulté à recruter de nouvelles ressources », déplore M. Fortier, qui entend se tourner vers des travailleurs étrangers pour combler les manques.
Il n’y pour l’instant pas de projets d’expansion vers d’autres régions du Québec.
« Ce qu’on veut, c’est optimiser l’espace où nous sommes, peut-être agrandir l’espace qu’on a actuellement », conclut le président de l’entreprise.