24
Mar

Stratégies de résilience d'ici en approvisionnement manufacturier mondial

Partager :
Auteur:  

Des entreprises manufacturières d'ici ont amélioré la sécurité, la fiabilité et la robustesse de leur chaîne d'approvisionnement internationale, de manière à être capables de faire face à de futures perturbations climatiques, commerciales et politiques, en diversifiant leurs fournisseurs, en en prenant soin, ainsi qu'en innovant avec des partenaires locaux.

Dans le contexte de la pandémie puis des incertitudes commerciales et de la guerre de tarifs de 2025, la première stratégie de certaines entreprises manufacturières du Québec a été « de revoir, de réorganiser et de diversifier leur chaîne d'approvisionnement, de même que d'aller chercher quand c'est possible des produits locaux », selon Julie White, présidente-directrice générale de l'association de représentation et du réseau Manufacturiers et exportateurs du Québec (MEQ).

Matériaux disponibles et indisponibles ailleurs ou localement

Cependant, Julie White rappelle que tout ce dont une entreprise manufacturière a besoin n'est pas nécessairement disponible ici ou disponible ici à un coût rentable, et que certains matériaux sont principalement ou uniquement disponibles dans certains pays. À son avis, il faut une plus grande variété de produits manufacturiers fabriqués ici pour soutenir les grandes productions, parce que l'approvisionnement le plus sécuritaire est souvent celui qui est fait le plus proche possible.

« Il y a des manufacturiers qui ont besoin d'intrants plus spécifiques qui peuvent être fournis seulement par un nombre limité de fournisseurs et d'autres qui ont besoin d'intrants à plus basse valeur ajoutée qui peuvent être fournis par une panoplie de fournisseurs », dit-elle. Bien qu'il n'y ait pas qu'une seule solution pour tout le monde, elle rappelle qu'il est normal que se réorganiser ainsi requière du temps et elle recommande le partage de bonnes pratiques entre les entreprises.

Réseautage interentreprises et diagnostics de nouveaux marchés

Pour diversifier ses fournisseurs et ne pas se fier qu'à un seul pays, il faut connaître l'ensemble des fournisseurs des intrants, matériaux et produits dont l'entreprise a besoin, et choisir les plus fiables. « Parfois on fait affaire avec un fournisseur juste parce que c'est celui-là qu'on connaît », dit-elle. De plus, pour bien connaître les fournisseurs, il faut du partage d'informations et de la mise en commun de relations d'affaires pour comprendre les capacités des uns et des autres.

« En ce moment, des banques, les gouvernements et Investissement Québec offrent des solutions pour aider des entreprises à diversifier les marchés d'exportation de leurs produits et à renforcer leur chaîne d'approvisionnement en connaissant mieux les fournisseurs de leurs intrants un peu partout ». Ce n'est pas simple et c'est long, mais il faut faire ce type de démarches. « Le moment est bon, même si tout le monde ne fera pas le saut dès demain matin » vers un nouveau marché.

« Nous ne savons pas ce qui arrivera avec l'ACÉUM, avec la guerre en Ukraine, avec les conflits commerciaux, il faut trouver des moyens pour être agiles. C'est le bon moment pour considérer d'autres opportunités sans tourner le dos complétement au marché américain », conclut-elle.

Le cas d'Olymel

Le transformateur agroalimentaire de viandes de porc et de volaille Olymel, dont le siège social est à Boucherville, fait partie des entreprises qui ont réagi aux instabilités des dernières années. Les piliers du renforcement de son approvisionnement ont inclus une meilleure planification de ses stocks selon la demande pour ses produits, la valorisation de données et l'utilisation d'outils d'IA pour mieux comprendre ses marchés, ainsi qu'une collaboration plus étroite avec ses clients et fournisseurs, par exemple en échangeant des prévisions de besoins et de projets respectifs.

« Si tu n'as pas un bon plan, c'est difficile d'avoir une bonne exécution dans ce qui est utilisé dans les stocks et dans ce qui est commandé et à quel coût. Ça permet de mettre l'énergie au bon endroit », fait remarquer Alexandre Tarini, vice-président principal, chaîne d'approvisionnement, chez Olymel. Il précise que la stratégie d'Olymel en approvisionnement en intrants et gestion des stocks implique désormais de segmenter ses produits selon une échelle de fiabilité et de stabilité, basée sur les délais de production des fournisseurs et la variabilité de la demande des clients, la rapprochant du juste-à-temps et favorisant ne pas trop garder en stock par manque d'anticipation.

Diversifier les sources d'approvisionnement, s'approvisionner localement et sans intermédiaires, regrouper des négociations, des achats et des stocks pour plusieurs usines à la fois, sélectionner des fournisseurs sur la base de leur performance ainsi que simplifier les produits et les recettes pour qu'ils puissent être préparés avec les mêmes ingrédients sont aussi des pratiques mises de l'avant. « Si un fournisseur a des difficultés un autre similaire peut le remplacer. Nous achetons local quand c'est possible, par exemple pour les emballages mais moins pour les épices. Tout ça élimine des risques géopolitiques et logistiques. Acheter sans intermédiaire est avantageux quant aux prix et en cas rupture ça permet d'être en relation directe avec la source », explique Tarini.

À partir du moment où ces « fondations » sont établies, « c'est là qu'on tombe dans la technologie, avec de nouveaux outils qui aident à développer en parallèle diverses prévisions, par exemple sur les tendances en nature et en volume des commandes ou sur le contenu des stocks des clients, selon diverses sources de données et variables », ajoute Alexandre Tarini.

Le cas de Polymos

L'entreprise Polymos, basée à Terrasse-Vaudreuil, fabrique dans cinq usines des produits en plastiques expansés, dont du polystyrène expansé, pour diverses industries, notamment en alimentation, construction, électronique, emballage, génie civil, militaire et pharmaceutique.

Son président-directeur général, Claude Bourbonnais, affirme que des pratiques d'économie circulaire permettent de renforcer la résilience de la chaîne d'approvisionnement et la sécurité des sources de matériaux face à des perturbations mondiales, tout en réduisant l'empreinte carbone.

La stratégie repose sur la récupération de ses propres résidus de production, ainsi que sur la récupération de déchets de citoyens en polystyrène non récupérés par les services municipaux et provenant d'écocentres municipaux, dans le cadre d'un programme avec certaines municipalités et MRC. Des clients ramènent aussi à Polymos des produits dont l'utilisation est terminée.

Ce polystyrène est ensuite recyclé en nouvelle matière première, qui entre dans la fabrication de produits en plastiques comme des boîtes de poissons et de vers de terre, des casques de vélo, des composantes d'échangeurs d'air et d'éoliennes, de glacières de vaccins et des pièces de flottaison.

« C'est de l'approvisionnement local, de la récupération et du recyclage en même temps. Ça élimine des milliers de kilomètres en transport de matière. Ça peut rendre plus indépendant par rapport à un approvisionnement aux États-Unis et à des chaînes d'approvisionnement mondiales. Pour la matière première non recyclée nous priorisons des fournisseurs locaux au Québec, mais nous en avons aussi d'ailleurs, comme en Asie et au Mexique », soutient Claude Bourbonnais.

Lire notre plus récent magazine
Nos annonceurs