
Dans un contexte économique marqué par l’instabilité géopolitique, la pression sur les coûts et les défis de main-d’œuvre, les chaînes d’approvisionnement n’ont jamais été aussi sollicitées. C’est dans ce contexte que François Tremblay s’est adressé aux membres de STIQ lors de la Grande Conférence, en partageant la vision de Prevost. Pour ce donneur d’ordres, cette réalité impose une transformation en profondeur des façons de faire. Plus qu’un enjeu opérationnel, la gestion des fournisseurs devient un véritable levier stratégique.
« Le contexte actuel se traduit d’abord par une grande fluctuation des coûts des matières premières, liée notamment aux tensions géopolitiques et aux enjeux de transport à l’échelle mondiale », explique François Tremblay, président du Groupe Volvo Canada, Prevost et Volvo Bus Amérique du Nord. À cela s’ajoutent des mesures protectionnistes et des variations tarifaires qui forcent les organisations à revoir leurs stratégies d’approvisionnement, parfois en changeant leurs sources ou en relocalisant certaines activités.
Mais ces défis ne touchent pas uniquement les grandes entreprises. Du côté des fournisseurs, souvent des PME manufacturières, la pression est tout aussi forte. Le manque de main-d’œuvre spécialisée, la complexité accrue des exigences réglementaires et la volatilité des coûts fragilisent leur capacité à livrer de façon stable. « Aujourd’hui, une PME doit gérer des enjeux géopolitiques, administratifs et financiers pour lesquels elle n’a pas toujours les ressources », souligne M. Tremblay.
Face à cette réalité, Prevost a choisi d’adopter une approche proactive. L’entreprise a revu son positionnement en fonction du contexte mondial, notamment en relocalisant certains fournisseurs et en optimisant ses flux logistiques. La mise en place de centres de consolidation a permis de regrouper les expéditions et de gagner en efficacité.
Mais au-delà des ajustements structurels, c’est surtout la relation avec les fournisseurs qui a évolué. L’entreprise mise sur une communication accrue et un partage d’information constant. « Nos fournisseurs savent où l’on s’en va, quels sont nos volumes prévus, nos nouveaux produits. Cette visibilité change complètement la dynamique », estime François Tremblay.
Les « supplier days », organisés annuellement, en sont un bon exemple. Ces rencontres permettent de présenter les orientations stratégiques, de partager les prévisions et de créer un véritable sentiment d’appartenance. L’objectif : passer d’une relation transactionnelle à un partenariat durable.
Cette collaboration se poursuit en amont des projets. Plutôt que d’imposer des spécifications rigides, Prevost implique ses fournisseurs dès les premières étapes du développement. « On leur partage nos objectifs de performance, puis on les laisse proposer les meilleures solutions. Leur expertise terrain est essentielle », explique M. Tremblay.
L’entreprise va plus loin en soutenant concrètement ses partenaires : partage de bonnes pratiques, accompagnement en automatisation, aide ponctuelle en ressources humaines lors de périodes critiques. Dans certains cas, des employés ont même été déployés chez des fournisseurs pour soutenir la production.
Autre levier clé : la consolidation des achats de matières premières. En regroupant les volumes, Prevost permet à ses fournisseurs d’accéder à de meilleures conditions, tout en les laissant se concentrer sur leur cœur de métier : la transformation.
Avec le recul, une chose ressort clairement : la résilience passe par la collaboration. « Traiter un fournisseur comme un partenaire fait toute la différence », affirme François Tremblay. Cette approche favorise la stabilité, mais aussi la capacité d’adaptation face aux imprévus.
Dans un environnement où les perturbations sont devenues la norme, les entreprises qui réussissent ne sont plus celles qui contrôlent tout, mais celles qui savent mobiliser leur écosystème. Et dans cette équation, la confiance et le partage d’information deviennent des atouts aussi essentiels que les capacités de production.