
L’entreprise de transformation alimentaireOlymel mène présentement d’importants travaux à son usine de Trois-Rivières.Bien qu’il s’agisse d’un agrandissement plutôt que de la création d’un nouveaucomplexe, on peut réellement parler d’une nouvelle usine par l’ampleur deschangements apportés.
Lorsque les travaux seront terminés l’étéprochain, après des investissements de 142 millions $, la surface de productionsera passée de 52 000 à 132 000 pieds carrés au sol.
Localement, l'usine engendrera la créationd'environ 50 emplois, qui portera à 400 le nombre total d'employés, en plus denombreux emplois indirects.
Mais l’initiative va beaucoup plus loin quel’ajout de surface; il s’agit en fait d’une transformation logistique ettechnologique.
Cette usine, qui produit à l'heure actuelleessentiellement des saucisses de la bannière La Fernadière, élargira sa gammepour inclure un éventail plus diversifié de produits de porc et de volaille,précise l’entreprise.
Le nouvel établissement intégré permettrasur place une transformation complète des produits jusqu'à l'emballage,réduisant ainsi les déplacements de matières premières, améliorant lacoordination des processus et renforçant la productivité de l'entreprise.
Uniquement par la rationalisation desmouvements de transport par camion, Olymel contribuera à une réduction desémissions polluantes.
« On le dit souvent à la blague, mais il ya quelques années, notre jambon pouvait transiter par sept usinesdifférentes », explique Daniel Rivest, vice-président principal aux venteset marketing d’Olymel en entrevue au Magazine MCI.
« Le fait de tout mettre sous un mêmetoit, qui nous permet d’avoir un seul endroit, ça va permettre d’être beaucoupplus efficaces, de réduire les coûts et de réduire les GES qui étaient généréspar le fait qu’on transportait beaucoup la viande d’un site à l’autre. »
Au-delà de la logistique, l’usine deTrois-Rivières est aussi au cœur d’une transition technologique majeure. Àtitre d’exemple, on y retrouvera une ligne de cuisson en continu, des activitéscomplètement automatisées de tranchage, d’emballage, de mise en caisse et depalettisation, ainsi que l’utilisation de véhicules autonomes.
Les différentes machines, interconnectées,seront par ailleurs alimentées en électricité par un système de batteriesindustrielles, lui permettant d’éviter de tirer du courant du réseaud’Hydro-Québec pendant les périodes de pointe, stockant l’énergie lors despériodes de la journée où elle est moins en demande.
Pour M. Rivest, c’est une solutiongagnant-gagnant puisqu’elle permet à Hydro de mieux desservir ses autresclients en période de pointe et à Olymel de réduire sa facture d’électricité enévitant ces périodes surchargées.
Des systèmes de récupération de chaleur etde gestion des eaux contribueront également à optimiser la gestion de l’énergieet à réduire l’empreinte environnementale.
Quant à l’intelligence artificielle, ellesera d’abord utilisée pour améliorer la productivité.
« Il y a plusieurs modules sur lesquels ontable présentement », confie le porte-parole d’Olymel, précisant que celapermettre d’aider l’ordonnancement de la production ainsi que la gestion desinventaires.
« On parle de robots, on parle deconvoyeurs intelligents. L’intention c’est de faire une usine test, unlaboratoire avec ces nouvelles technologies et prendre les meilleures pratiquespour être en mesure de les déployer dans l’ensemble du réseau dans le futur siles résultats qu’on a sont concluants. »
C’est qu’Olymel au Canada, c’est bien plusque la seule usine de Trois-Rivières. On parle de 28 usines et centres dedistribution au Nouveau-Brunswick, au Québec, en Ontario, en Saskatchewan et enAlberta.
L’entreprise envisage par ailleurs destechnologies qui permettent même le contrôle du persillage de la viande et decontrôler le poids des pièces de viande destinées à la restauration, où on unecertaine uniformité est nécessaire d’une assiette à l’autre.
Ces avancées technologiques doiventpermettre à Olymel de conserver et de faire croître ses parts de marché dans latransformation de porc, de poulet de dindon.
« Au niveau du porc on est le leader[canadien] avec plus de 30% du volume d’abattage », indique levice-président des ventes et du marketing. Olymel est également en très bonneposture pour ce qui est de la volaille, avec 18% du volume traité au Canada.
Le marché américain est bien sûr d’uneimportance majeure et très intégré à celui du Canada, mais Olymel n’a pasattendu les tarifs douaniers de Donald Trump avant de diversifier ses clientsd’exportation.
« On exporte dans 50 différents pays àtravers le monde », se félicite M. Rivest.
Cela veut dire que ces aliments sontconsommés au Canada, aux États-Unis, mais aussi dans des pays tels que leMexique, la Chine, le Japon, la Corée du Sud, l’Australie ou encore laNouvelle-Zélande.
Pour certaines nations asiatiques où lesespaces agricoles sont restreints et à haute densité de population, on peutcomprendre le besoin d’importer du porc et des volailles du Canada.
Mais les vastes espaces de l’Australie?
C’est apparemment une question despécialisation des produits. L’Australie fait beaucoup de bœuf et d’agneau,mais, pour le porc, le pays choisit d’importer d’Olymel, explique sonporte-parole.
Le pays du soleil levant estparticulièrement friand des produits de l’entreprise canadienne.
« Il y a 36 Costco au Japon etprésentement les 36 Costco vendent des produits Olymel », précise M.Rivest.
La diversification des marchés se poursuitet l’entreprise les sélectionne avec soin.
« C’est certain que, commeexportateurs, ce qu’on recherche c’est des marchés où il y a de la libreconcurrence, où il n’y a pas de tarifs. »
« On est à l’affût d’opportunitésqu’il peut y avoir dans d’autres marchés qui sont porteurs. Comme lesPhilippines, comme le Vietnam. On a des points de vente un peu partout àtravers le monde en ce moment et on s’ajuste en fonction de l’offre et de lademande », explique notre invité.
Pour Olymel, l’achat local est un conceptbidirectionnel. Bien sûr elle désire que les Québécois consomment ses produits,mais elle maximise aussi le volume de ses achats qu’elle fait localement.
Il convient de rappeler qu’Olymel a étéfondée par ce qu’on appelle aujourd’hui le groupe coopératif Sollio, autrefoisconnue sous le nom de Coop fédérée. Cette coopérative a été créée et estdirigée par des producteurs agricoles d’ici, d’où Olymel s’approvisionne enviande de porc et de volaille qu’elle transforme et distribue ensuite.
« Une partie importante des profitsqu’on génère sont ultimement versés en ristournes auprès des producteurs. Ças’inscrit dans une volonté de soutenir l’agriculture, soutenir ledéveloppement, valoriser les régions et contribuer activement à l’autonomiealimentaire », explique le vice-président d’Olymel.
Même les matériaux de constructionnécessaires à l’agrandissement de l’usine de Trois-Rivières vont provenir duQuébec lorsque c’est possible, peut-être par l’entremise de BMR, aussi unecomposante du groupe Sollio.
« Quand est arrivé cet investissementde 142 millions $, c’était naturel pour nous de prêcher par l’exemple,d’encourager les entreprises d’ici quand on le peut. C’est un peu ça l’espritcoopératif, c’est une question de fierté provinciale et nationale », ditM. Rivest au sujet des pratiques d’approvisionnement de l’entreprise.
La guerre commerciale initiée parl’administration Trump a même eu pour effet de rallumer la flamme à l’endroitdes produits locaux chez de grands clients d’Olymel tels que les supermarchés,les restaurants et les hôtels, désireux de mettre davantage de produits d’icidans les assiettes des consommateurs québécois et canadiens.
« C’est un peu ça le mandat qu’ons’est donné. Mettre de plus en plus de produits canadiens à valeur ajoutée etde grande qualité qui vont satisfaire les consommateurs », plaide leporte-parole d’Olymel.
À l’échelle canadienne, Olymel emploie plusde 12 000 personnes. Le chiffre d'affaires annuel de l’entreprise est de l'ordrede 4,5 milliards de dollars et elle commercialise ses produits principalementsous les marques Olymel, Pinty's, La Fernandière, Lafleur et Flamingo.