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Libérer l’intelligence collective : quand la confiance devient un levier de performance

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Crédit photo : STIQ

Dans un contexte manufacturier marqué par la pénurie de main-d’œuvre, la complexité opérationnelle et la quête de sens au travail, certaines entreprises choisissent de revoir en profondeur leur façon de fonctionner. Chez Produits Métalliques Bussières (PMB), ce virage s’est traduit par l’adoption d’une philosophie d’entreprise libérée, bien avant qu’il ne gagne en popularité.

Fondée en 1991, PMB a d’abord œuvré dans les produits de construction avant d’évoluer vers la sous-traitance manufacturière au début des années 2000. Autour de 2016, une réflexion stratégique s’impose : comment assurer la pérennité de l’entreprise sans reproduire les schémas traditionnels de gestion? « Il y avait une forme de crise existentielle, autant entrepreneuriale qu’humaine. Steve Bussières voulait arrêter la course à la croissance pour la croissance », explique Dominique Tremblay, aujourd’hui PDG et copropriétaire de l’entreprise.

Un changement de paradigme assumé

Lorsque Dominique Tremblay se joint à PMB en automne 2017, le cap est déjà clair. Son parcours atypique devient alors un atout. « Arriver en manufacturier sans être formaté m’a permis de poser des questions fondamentales. Pourquoi fait-on les choses ainsi? Quelle information manque aux équipes pour mieux décider? »

Le point de bascule survient en janvier 2017, lorsque Steve Bussières annonce à l’équipe que sa dernière décision unilatérale sera précisément de… ne plus en prendre. « Pour qu’une entreprise libérée fonctionne, la confiance doit venir d’abord des dirigeants. Sinon, on ne fait que déplacer le rapport de pouvoir », souligne Dominique Tremblay.

Les symboles suivent : disparition de la pointeuse, fin des contrôles excessifs, accès accru à l’information. Ces changements ne visent pas à abolir les règles, mais à redéfinir la responsabilité. « La liberté sans responsabilité n’a aucun sens. Plus on donne de liberté aux équipes, plus il faut leur donner les moyens de comprendre les enjeux et d’assumer leurs décisions. Les deux doivent évoluer ensemble », précise-t-il.

Décider plus près du terrain

Concrètement, la philosophie repose sur une transparence accrue des enjeux opérationnels, financiers et clients. Les équipes disposent de budgets, comprennent les contraintes et participent activement aux décisions qui touchent leur quotidien. « Si les gens comprennent les enjeux de l’entreprise, ils sont capables de transposer cette information à leur niveau de décision », affirme Dominique Tremblay. Cette logique, proche de certains principes du Lean, permet de réduire les délais décisionnels et d’accroître l’agilité.

Des effets bien réels

Les résultats sont tangibles : engagement accru, rétention exceptionnelle et attractivité renforcée sur le marché de l’emploi. « On reçoit plusieurs candidatures dès qu’on affiche un poste. Les gens savent que c’est un milieu où leur intelligence est valorisée », note le PDG. Pour y parvenir, PMB a également revu sa gestion des talents, en distinguant les parcours expert et gestion, afin de reconnaître les forces de chacun. « Tout le monde n’est pas fait pour gérer une équipe. Honorer les talents, c’est aussi accepter cette réalité. »

Une transformation exigeante

Dominique Tremblay demeure lucide : ce chemin comporte des défis. « La transparence peut mener à des jugements rapides entre équipes. Et pour un dirigeant, c’est un véritable chemin de transformation personnelle. » L’entreprise libérée exige humilité, ouverture et capacité à accueillir le contre-pouvoir. Mais pour PMB, le jeu en vaut la chandelle.

Pour aller plus loin, Dominique Tremblay approfondit sa réflexion sur la relation au pouvoir, à la décision et au travail dans son livre Pour arrêter de se tuer à l’ouvrage, publié à l’automne 2025 chez BouquinBec.

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