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Sep

Le sous-sol québécois est riche en minéraux et en métaux de tous genres

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Auteur:  
Guy Hébert

Le Québec comptait 251 323 droits exclusifs d’exploration¹ au 15 mai 2026, après avoir atteint un sommet de 350 150 en mars 2024. Ce nombre demeure élevé en raison de l’intérêt soutenu pour les minéraux critiques, les terres rares et d’autres métaux stratégiques présents dans le sous-sol québécois. Cependant, seulement 22 % de ces droits font l’objet de travaux d’exploration sur le terrain.

Le forage, le décapage, l’échantillonnage en vrac et les autres travaux à impact ne concernent qu’environ 0,4 % des claims. La très grande majorité des titres miniers ne dépassera jamais les premières étapes de l’exploration. C’est pourquoi le Québec ne compte que 21 mines en activité en 2026.

Ce n’est pas d’hier que le secteur minier est cyclique, au Québec comme ailleurs sur la planète. « Lorsque les choses vont bien, c’est le dernier secteur à s’exciter et, lorsqu’il y a des défis économiques, c’est un secteur qui peut régresser rapidement », mentionne Alain Poirier, directeur général de l’Association de l’exploration minière du Québec (AEMQ). « Les mines d’or ou de graphite, par exemple, sont hautement tributaires des marchés. Lorsque les prix sont bas, les activités et les investissements ralentissent; lorsqu’ils augmentent, les investissements sont plus nombreux. »

Un potentiel immense, encore peu exploité

Le Canada est riche en minéraux et en métaux, et le Québec possède l’un des sous-sols les plus riches au monde, avec une variété phénoménale de ressources. « S’il était un pays, le Québec pourrait être l’un des États les plus riches de la planète en exploitant davantage ses ressources. Cependant, le syndrome du “pas dans ma cour” demeure un frein important au développement de projets miniers, malgré les accommodements que plusieurs entreprises proposent afin de limiter les inconvénients pour le voisinage », explique Éric Lemieux, analyste minier qui suit l’évolution de l’industrie minière au Québec depuis près de 20 ans.

Historiquement, ce qui se cache dans le sol québécois a toujours attiré des entreprises minières et des investisseurs. On dénombre d’ailleurs 325 mines exploitées au fil des ans. « La prospection, l’exploration, la mise en valeur du site et les autres travaux menant à la construction et à l’exploitation d’une mine — sans oublier l’obtention des permis, l’analyse du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) et l’étude du Comité d’examen des répercussions sur l’environnement et le milieu social (COMEX) — peuvent s’échelonner sur 10, 20, 25 et même 30 ans avant qu’une mine entre réellement en activité », poursuit Alain Poirier.

Nouveau Monde Graphite (NMG) constitue un excellent exemple des nouveaux acteurs qui savent tirer leur épingle du jeu dans le secteur des minéraux critiques. Cette entreprise intégrée développe des activités d’exploitation minière responsable et des procédés de transformation de pointe afin d’approvisionner l’économie mondiale en concentré de graphite naturel et en matériaux d’anode actifs carboneutres. « NMG développe actuellement, au Québec, une chaîne de valeur entièrement intégrée, du minerai jusqu’au graphite raffiné, afin de répondre aux besoins actuels et futurs des secteurs de l’énergie, des technologies de pointe et de la fabrication », explique Juliana Salaun, directrice des communications et des relations publiques chez NMG.

Des investissements majeurs requis

La construction d’une mine peut coûter un milliard de dollars, parfois davantage. Même si les projets sont aujourd’hui moins hasardeux et que l’apport des nouvelles technologies se fait de plus en plus sentir, il demeure difficile de convaincre les banques d’investir. En Europe, l’industrie est encore l’apanage de vieilles familles qui ont développé une expertise sur plusieurs générations. Au Québec, l’écosystème est plutôt institutionnel, avec des investisseurs comme La Caisse, Investissement Québec, le Fonds de solidarité FTQ, Fondaction, Investissement NQ, SIDEX et Capital régional et coopératif Desjardins.

« En stimulant la production locale de graphite de haute qualité pour les batteries et les applications stratégiques, NMG aide le Canada à attirer des investissements internationaux, à répondre à la demande mondiale croissante en minéraux critiques et à se positionner comme fournisseur de choix pour les marchés alliés », ajoute Juliana Salaun. En mai dernier, NMG a complété une ronde de financement de plus de 309 M$ US, comprenant des participations des gouvernements fédéral et québécois, pour la phase 2 de la mine Matawinie.

« C’est un secteur industriel en pleine effervescence », poursuit Alain Poirier. « En 2025, un milliard de dollars a été investi dans divers projets, et nous prévoyons des investissements encore plus importants en 2026. »

De nos jours, l’électrification et l’automatisation sont devenues indissociables des activités minières. Les mineurs travaillent surtout à la surface, dans des bureaux, où ils surveillent le fonctionnement des machines souterraines. Il s’agit souvent de professionnels, notamment des électriciens, des ingénieurs et des géologues. L’objectif est de réduire au minimum le nombre de personnes travaillant sous terre. L’intégration de l’IA aux activités permet, par exemple, de reprendre d’anciennes analyses et de les réétudier. Le « core scanning », une nouvelle technologie d’analyse des carottes, s’appuie notamment sur des équipements autonomes et intelligents afin d’améliorer la connaissance du terrain.

Technologies minières : travailler autrement

Il existe toutefois des normes minimales qui permettent de mener les projets de façon avantageuse pour toutes les parties.

« La situation se complique au Québec lorsque des projets à un stade embryonnaire sont rejetés par le voisinage avant même que leur potentiel réel soit connu. L’exploration minière ne signifie pas la fin des régions : elle commence par la cartographie, la toponymie, la prospection et plusieurs autres étapes. En 2008, lorsque le gouvernement du Québec a décidé de modifier ses politiques et de dire non au gaz de schiste, à l’uranium et à d’autres ressources, il a choisi de rejeter un potentiel énorme », avance Éric Lemieux. « N’oublions pas que, partout dans le monde, on est toujours dans la cour de quelqu’un. »

De l’exploration à l’exploitation d’une mine, les travaux sont parfois réalisés à contre-courant.

« Ces délais et l’opposition rencontrée au cours des démarches refroidissent souvent les investisseurs, qui finissent par s’engager ailleurs. Pourtant, le potentiel du Québec est énorme en matière de métaux, de minerais, de minéraux critiques et stratégiques ainsi que de terres rares. L’Estrie, qui a longtemps été une région minière au sein de la ceinture des Appalaches, regorge notamment de cuivre et de tungstène, mais elle ne compte plus aucune mine. Du côté américain de cette même province géologique, on trouve de nombreuses exploitations minières; pourquoi pas chez nous? La question se pose également pour d’autres provinces géologiques du Québec. Il n’y a vraiment qu’en Abitibi que les gens sont davantage conscients de la valeur ajoutée de l’activité minière. Il faut écouter la science et les ingénieurs, et pas seulement les opposants. »

Éric Lemieux croit toutefois que l’apport des nouvelles technologies à la transformation de l’industrie minière demeure assez limité. « Les nouvelles technologies de récupération des métaux fonctionnent bien en laboratoire, mais pas toujours sur le terrain. L’intelligence artificielle peut aussi contribuer à l’analyse des données, mais encore faut-il que celles-ci soient précises et adéquates. Malgré certains projets prometteurs, l’IA ne changera pas vraiment le portrait de l’industrie minière au Québec. Pour redevenir gagnant et profiter de cette industrie afin de développer l’économie, comme les colons l’ont fait avant nous, il faut changer nos façons de faire. Il faut favoriser le développement d’infrastructures au bénéfice de l’ensemble de la population. »

Matawinie et Bécancour : une chaîne de valeur intégrée

Les activités de NMG se concentrent principalement sur la mine de graphite et le concentrateur de Matawinie, ainsi que sur les installations de transformation commerciale de produits de graphite à valeur ajoutée. Celles-ci comprennent une première usine de matériaux pour batteries d’une capacité de 13 ktpa (kilotonnes par année) à Bécancour. Découvert en 2015 à la suite d’une vaste campagne d’exploration héliportée, le gisement de graphite naturel Matawinie, situé à Saint-Michel-des-Saints, à 150 km au nord de Montréal, a franchi toutes les étapes clés de son développement. La mine Matawinie a été désignée « grand projet d’intérêt national » par le gouvernement du Canada. Cette annonce a confirmé le rôle essentiel de la future production de NMG dans le renforcement de la souveraineté énergétique et le soutien des chaînes d’approvisionnement occidentales.

La construction et la mise en service de la mine Matawinie devraient s’échelonner sur environ 31 mois. Le début de la production commerciale est prévu d’ici la fin de 2028, avec un volume annuel moyen de 106 000 tonnes de graphite. Cette production est appuyée par des ententes commerciales avec Panasonic Energy, le gouvernement du Canada et Traxys North America, qui couvrent plus de 70 % de la production prévue. La mine Matawinie se veut une exploitation minière responsable. Elle prévoit notamment une restauration progressive, une stratégie avancée visant le développement d’une mine à ciel ouvert zéro émission, la codisposition des résidus en empilement à sec, ainsi qu’un taux de recirculation de l’eau supérieur à 95 % au sein du concentrateur grâce à des infrastructures environnementales adaptées. Le projet s’inscrit également dans un engagement de zéro perte nette de biodiversité.

Dans le cadre de cette intégration verticale, NMG poursuit le développement de l’usine de matériaux pour batteries de Bécancour, d’une capacité de 13 ktpa (phase 2), et prévoit prendre une décision d’investissement définitive au second semestre de 2026. Cette usine assurera la transformation et la purification du concentré de graphite provenant de la mine Matawinie afin de produire 13 000 tonnes par année de matériau d’anode actif destiné à Panasonic. Enfin, NMG maintient un portefeuille de projets de recherche et développement afin d’adapter sa gamme de produits spécialisés aux exigences du marché et aux innovations.

La recherche pour repousser les limites du graphite

NMG explore des pistes de recherche et développement dans le domaine des matériaux de graphite avancés grâce à des collaborations avec le milieu universitaire et des centres de recherche. L’entreprise met l’accent sur de nouveaux types de précurseurs, des technologies d’enrobage, l’élaboration de composites et des procédés écologiques. Ces projets visent à améliorer la performance du graphite, à réduire l’impact environnemental et les coûts de production, ainsi qu’à valoriser les matières résiduelles et les matériaux de sources biologiques.

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¹ Le droit exclusif d’exploration, nouvelle appellation du claim minier depuis 18 mois, est un titre accordé par le gouvernement du Québec. Il donne à son détenteur le droit exclusif de rechercher des substances minérales sur un territoire défini, mais ne lui confère aucun droit foncier. Un claim est valide pendant trois ans. Il est renouvelable par périodes de deux ans si son détenteur respecte les conditions et les obligations établies. Plus de 90 % du territoire québécois ne fait l’objet d’aucun claim. Environ 80 % des claims ne génèrent aucun travail d’exploration, et seulement 1 % font l’objet de travaux d’exploration avancée.

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