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Apr

La technologie attire-t-elle la main-d’œuvre ? Usines prises entre l'arbre et l'IA

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Auteur:  
Dominique Lemoine

Au bout du compte, à quel point et comment les utilisations actuelles de l'intelligence artificielle en entreprise manufacturière réduisent la demande des entreprises manufacturières pour certains types d’emplois ? Voilà la question à laquelle nous avons tenté de répondre.

Chez le fabricant Adfast de produits d'étanchéité comme des adhésifs, scellants et produits de calfeutrage, dont le siège social est situé à Ville Saint-Laurent, « le nombre d'employés n'a pas augmenté et n'a pas diminué depuis les trois dernières années », et ce, malgré la démocratisation de l'intelligence artificielle, selon son chef de la direction, Yves Dandurand.

Du côté du regroupement d'entreprises manufacturières Groupe Mundial, dont Metal Bernard et CDMB à Saint-Lambert-de-Lauzon, de même que Normandin à St-Valérien-de-Milton, à cause de l'IA des postes en saisie de données ont été éliminés et des besoins ont été réduits en comptabilité, par exemple en traitement des comptes clients, selon son président du conseil, Louis Veilleux.

L'utilisation de technologies d'automatisation et d'IA en usine n'est plus nouvelle, mais elle est encore récente, et son impact sur le marché du travail est encore méconnu, selon l'association d'affaires Manufacturiers et exportateurs du Québec (MEQ), via Juliette Blanchard, qui en est conseillère aux communications.

MEQ fait remarquer que les utilisations de l'IA dans les usines continuent d'évoluer et que « les entreprises manufacturières ont quand même encore beaucoup de postes vacants ». À son avis, cela s'explique par le fait que « ces technologies peuvent modifier certains besoins, mais elles ne signifient pas nécessairement qu'on ait besoin de moins de personnel ».

« Plusieurs dirigeants saisissent mal quels seront les effets concrets de l'IA sur les activités de l'entreprise et le travail des employés », mentionne l'édition 2025 du Baromètre industriel québécois produit par Sous-traitance industrielle Québec (STIQ).

Selon le Baromètre de STIQ, « il ne faut pas oublier qu'au bout du compte, c'est un humain qui va utiliser l'IA ».

Utilisations actuelles et réalistes de l'IA

Les principales utilisations actuelles de l'IA en entreprise manufacturière relèvent encore de l'assistance à l'humain.

Ces usages sont : production de textes (courriels, rapports, etc.), veille ou obtention d'information externe, génération de codes pour la programmation (machines, informatique), assistance à la conception et l'ingénierie, analyse de dessins et devis de soumissions, planification et optimisation de la production, contrôle qualité (vision, mesure, autocorrection, machines), prédiction des ventes, ainsi que maintenance prédictive.

Les motivations derrière ces utilisations incluent la réduction de tâches répétitives ou à faible valeur ajoutée, l'augmentation de la productivité et la diminution de coûts. En conséquence, elles peuvent réduire le besoin de certains emplois et postes.

Par contre, près de 7 entreprises consultées sur 10 mentionnent un manque de connaissances sur ce qui est pertinent pour elles en matière d'IA et un manque de personnel qualifié comme freins à leur utilisation de l'IA, ce qui représente une opportunité pour d'autres candidats à l'emploi ou pour des consultants.

Une personne de perdue, dix de retrouvées?

Être plus attrayante pour attirer des talents ainsi que réduire l'impact de la pénurie de main-d’œuvre ont été mentionnés parmi les bénéfices d'utiliser l'IA par 23 % des entreprises qui utilisent déjà l'IA pour accomplir au moins deux types tâches et qui ont répondu au sondage à la base du Baromètre de STIQ.

Selon MEQ, les technologies dans les usines « sont un facteur d'attraction pour la relève et les jeunes candidats ». Avoir accès à des installations à la fine pointe et avec des outils avancés « est bien perçu et peut faciliter le recrutement et la fidélisation d'employés ». L'automatisation et l'IA peuvent être perçues comme des indices du niveau d'innovation et de dynamisme de l'employeur, ainsi que du développement continu qu'il permet.

Pour Louis Veilleux, bien que le Groupe Mundial ait réussi à se former un « super beau groupe d'IA », utiliser l'IA à travers ses entreprises est un « élément fort », mais « pas crucial », pour attirer de nouvelles personnes dans les autres équipes.

Former son monde pour le garder

MEQ ajoute aussi que les technologies d'automatisation et d'IA, « créent un besoin de rehausser les compétences d'employés pour les accompagner dans cet environnement technologique », ce qui évidemment représente des investissements, mentionne le STIQ.

Selon le Baromètre STIQ, confrontés à l'IA, « les plus jeunes [employés] embarquent dans le train avec plus d'enthousiasme », tandis que « les plus âgés expriment de la crainte, voire de l'anxiété, et une résistance naturelle au changement ».

Selon un témoignage manufacturier recueilli dans le cadre d'un groupe discussion organisé dans le contexte de la préparation du Baromètre STIQ, « chez nous, les plus anciens ne veulent rien savoir, les intermédiaires commencent à s'y intéresser en voyant ce que les plus jeunes sont capables de faire et mes plus jeunes, eux, évidemment, ils sont déjà tous là-dessus ».

« La capacité humaine à composer avec le changement reste un frein majeur à son implantation [de l'IA]. Ça évolue très vite et ça génère beaucoup d'incertitude — parfois de l'anxiété — au sein de nos organisations », dit une autre présidente consultée.

Chez Adfast, les employés, des chimistes aux opérateurs en passant par les ingénieurs et les programmeurs, ont reçu des formations sur la gestion de processus et sur la maintenance d'équipements appuyées par la technologie. « Nos opérateurs de ligne sont constamment en formation », selon Yves Dandurand.

« Nos opérateurs dans nos usines travaillent avec notre système MES, pour Manufacturing Execution System. Il procure beaucoup de visibilité sur les données provenant des équipements sur les lignes de production. Ces données nous permettent de faire de manière préventive la maintenance et de réduire les arrêts de production non planifiés », mentionne Yves Dandurand en exemple.

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