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Oct

Innovation et nouveaux marchés pour naviguer à travers l’incertitude

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Auteur:  
Guy Hébert

Dans une période où l’incertitude économique cause des maux de tête à de nombreux entrepreneurs, il est important pour ces derniers de ne pas paniquer et de garder le cap. C’est du moins l’opinion que partage Simon Gélinas, directeur général et chef des placements chez Banyan Capital Partners, un fonds de placements privés avec un portefeuille varié comprenant des entreprises pour lesquelles le fond est un actionnaire majoritaire.

« Nous devons encourager nos clients à respecter, autant que possible, les orientations stratégiques. L’imposition de tarifs, aussi inattendus qu’incompréhensibles, requiert une stratégie à court terme, toujours avec une vue à long terme. »

Plusieurs observateurs qui suivent de près tous les soubresauts de la période instable que traverse le monde actuellement s’entendent pour qualifier cette période d’incertitude de crise économique et géopolitique. Chez les Chinois, le mot crise a plus d’une signification. Une définition dit que le mot représente une crise comme nous le connaissons ici en occident. Mais une autre définition indique que le mot veut aussi dire opportunité. Et selon Anne-Solène Rioult, responsable communications et marketing d’Inno-centre, cette seconde définition est celle que bon nombre d’entrepreneurs québécois et canadiens ont adoptée au cours des derniers mois afin de se positionner pour faire face aux conditions économiques houleuses actuelles.

Autant il y a eu de la volatilité lorsque Donald Trump a imposé sa première salve de tarifs à l’échelle planétaire, autant les entreprises ont adopté depuis des mesures à long terme ou à court terme pour naviguer plus aisément dans des eaux troubles. « Il est évident que des tarifs de 50% comme ceux annoncés au mois de juillet ne peuvent pas être soutenus. Les gestionnaires doivent d’abord comprendre l’impact immédiat de ces nouveaux tarifs pour ensuite trouver des mécanismes d’ajustement à long terme », renchérit Simon Gélinas. « Il faut planifier avec plus d’options et s’attendre au pire (Prepare for the worst) tout en étudiant mieux le présent afin de développer des plans tactiques et stratégiques. »

À la direction d’une société possédant des placements totalisant plus de 500 M$ dans un portfolio d’entreprises enregistrant des revenus annuels de plus d’un milliard de dollars et employant plus de 1 000 personnes, Simon Gélinas croit fermement que le niveau de communication à l’interne doit être optimisé : « Il faut faire preuve de transparence dans toute la structure afin que tous les intervenants soient alignés dans le même sens pour pivoter rapidement au besoin. Je parle 2 à 3 fois par semaine à toutes mes équipes afin que ces dernières gardent le focus et soient disposées à prendre des décisions difficiles. L’incertitude n’est jamais productive et c’est pourquoi il faut réfléchir à tous les enjeux et tenter de créer de la valeur à long terme. »

« Les inquiétudes viennent des politiques tarifaires mises de l’avant pas nos voisins au sud, elles obligent les entreprises québécoises et canadiennes à être innovantes dans leur façon de faire les choses. Il faut développer de nouveaux marchés afin de contourner les intempéries aux États-Unis, et ces nouveaux débouchés pour nos produits ne se limitent pas à l’Europe, mais également au reste du Canada. Le commerce interprovincial est une option trop longtemps mise de côté », affirme madame Rioult. L’incertitude pousse les entrepreneurs à diversifier leurs marchés, à profiter, par exemple, de l’entente de libre-échange liant le Canada à la communauté européenne et à se tourner vers le marché canadien.

Banyan Capital Partners, une société canadienne, considère l’incertitude émanant de situations géopolitiques ou commerciales instables, génère des préoccupations où les gens cessent d’investir. « Banyan adopte des stratégies à plus long terme que bien des fonds de placements, ce qui représente certainement un avantage, mais cela ne veut pas dire que nos entreprises sont à l’abri de tous ces bouleversements. Il va sans dire que l’incertitude est l’ennemi de l’investissement. »

La bouée de l’industrie de la défense

« On remarque une volonté d’intégrer les chaînes d’approvisionnement de l’industrie militaire avec les entreprises européennes de la défense. Malheureusement, certains entrepreneurs d’ici hésitent à intégrer leurs opérations à l’industrie européenne, faisant déjà des activités avec des entreprises américaines et craignant des représailles de leurs clients états-uniens. » Des sociétés manufacturières appliquent le dual-use à certains de leurs produits, afin de les écouler aussi bien dans le monde civil que celui de la défense. Les manufacturiers bien établis possèdent certainement des moyens pour faire face à la crise plus aisément que de nouvelles entreprises innovantes, mais ils peuvent aussi avoir de mauvaises habitudes dont ils ont de la difficulté à se défaire.

« De leur côté, les entrepreneurs innovants, jeunes et dynamiques, peuvent plus facilement s’adapter aux conditions changeantes. Ces jeunes entreprises ne peuvent pas s’asseoir sur leurs lauriers, elles n’en ont pas et n’hésitent pas à incorporer les nouvelles technologies à leurs opérations. » Inno-centre est une société accompagnant les entreprises dans l’amélioration de leur performance d’affaires, qui comprend 135 conseillers à travers le Canada. Ces conseillers sont versés dans les ressources humaines, la gestion du changement, la RSE (Responsabilité sociétale d’une entreprise) et tout autre secteur touchant les opérations. Ce sont les banquiers et autres investisseurs institutionnels qui recommandent des clients à Inno-centre.

Le Canada : une plaque tournante

« Les interventions d’Inno-centre peuvent parfois être aussi simple que de s’assurer que chaque personne occupe le bon emploi alors qu’en d’autres occasions il faut convaincre le client d’adopter de nouvelles technologies d’optimisation des opérations comme un ERP », décrit Anne-Solène Rioult. « Il faut convaincre les entreprises de tenter de tirer du positif de la situation actuelle, de se rendre compte qu’il est possible de développer d’autres façons de faire. Pat exemple, certains entrepreneurs ouvrent des filiales aux États-Unis afin d’éviter les tarifs commerciaux. Du côté de l’alimentation, certains entrepreneurs s’approvisionnent en fruits canadiens pour ensuite les transformer au sud de la frontière. »

Cette dernière croit que l’industrie québécoise et canadienne sous-estime les possibilités qui se cachent derrière l’idée de faire du Canada une plaque tournante entre l’Europe et les États-Unis. Des sociétés européennes pourraient construire une usine à Montréal, par exemple, afin de se positionner pour mieux pénétrer le marché américain. Pourquoi la relance de l’est de Montréal que tous les partis politiques promettent depuis plusieurs années, ne passerait-elle pas par une orientation en ce sens, spécialement un développement axé sur l’industrie de la défense.

Les gouvernements fédéral et québécois réalisent également beaucoup de travail afin d’aider les entreprises à exporter leur savoir-faire. « Il est important d’être réaliste et d’accepter que le marché canadien actuel ne soit pas assez gros pour écouler la production de nos entreprises. Il est donc important de développer de nouveaux débouchés tout en continuant à profiter de notre proximité du marché américain, possiblement en réduisant notre dépendance à ce géant. »

De la lueur au bout du tunnel

Des entrepreneurs ainsi que des politiciens commencent à se demander si les actions du Premier ministre Mark Carney vont finir pas donner des résultats concrets. Dans un article publié le 9 août dans La Presse, Joël-Denis Bellavance rapportait ce que l’économiste d’origine australienne Justin Wolfers, titulaire d’un doctorat de l’Université Harvard et professeur au département d’économie à l’Université du Michigan, avait annoncé sur X : « Le Canada crée actuellement des emplois à un rythme qui est environ quatre fois plus important que celui des États-Unis. »

Le texte de La Presse reprenait aussi ce que plusieurs médias ont repris : les calculs que Matt Winkler, rédacteur en chef de Bloomberg News, avait dévoilé dans un balado le 6 août, à l’effet que « des investisseurs étrangers ont injecté 183 milliards de dollars dans les actions et les obligations canadiennes au cours de la dernière année. Les capitaux affluent au Canada comme jamais auparavant. Depuis l’arrivée au pouvoir de Mark Carney en mars 2025, le Canada affiche des performances supérieures à celles des États-Unis, de la zone euro et de tous les autres pays du monde. Suivez la piste de l’argent jusqu’au Canada de Carney. » Peut-être que les politiques et toutes les concessions de Mark Carney commencent à porter fruit et qu’il y a peut-être de la lumière au bout de ce tunnel d’incertitude.

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