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Jan

Des événements qui ont entaché le bilan de François Legault

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Auteur:  
Guy Hébert

Crédit photo : Compte Twittter François Legault

Le 15 janvier dernier, le premier ministre du Québec depuis 2018 et chef de la Coalition Avenir Québec (CAQ) depuis la fondation de ce parti en 2011, François Legault, a annoncé qu’il allait quittait son poste. L’ancien ministre péquiste demeure premier ministre jusqu’au moment où la CAQ se choisira un nouveau chef et entend conserver son siège de député de L’Assomption jusqu’à la tenue d’un prochain scrutin général. Dès l’annonce de son départ, anticipé par certains et une surprise pour d’autres, nombreux sont les observateurs qui ont dressé le bilan des deux gouvernements majoritaires que François Legault a dirigés depuis près de huit ans.

Issu du monde des affaires et un des fondateurs de l’Air Transat, François Legault a toujours fait du développement économique un pilier important de ce que la CAQ propose à l’électorat. Il avait martelé sur ce clou en 2013, cinq ans avant d’accéder au pouvoir, en écrivant le livre Cap sur un Québec gagnant – Le projet Saint-Laurent dans lequel il parlait de développer une vallée de l’innovation le long des rives du majestueux fleuve, un genre de Silicon Valley du Québec s’inspirant également de la Norvège. Mais les idées de ce manuscrit n’ont jamais vraiment été élaborées après que la population québécoise a donné à la CAQ un gouvernement majoritaire en 2018.

François Legault a entamé son premier mandat comme premier ministre en surfant la vague d’une croissance constante du PIB (Produit intérieur brut) qui avait débuté sous le gouvernement précédent. Le CAQ a soutenu des projets industriels majeurs dans des secteurs de pointe comme le projet de décarbonation et la modernisation de l’usine d’AcelorMittal de Port-Cartier. Ce premier gouvernement caquiste a également déployé une stratégie d’utilisation de l’électricité comme levier de développement en octroyant des blocs d’énergie propre à certains projets comme celui de 1,5 milliard de dollars de l’aciérie Alouette à Sept-Îles.

Cette nouvelle stratégie a été au centre de plusieurs gros projets lancés sous le règne de François Legault. Mais toutes ses visées de développement économique et social ont dû être mises sur pause quand, en 2020, la pandémie de la Covid 19 a frappé de plein fouet la planète entière. Le Québec n’a pas échappé à la plus importante crise sanitaire mondiale depuis plus de 100 ans et François Legault a troqué son chapeau de créateur de richesse pour celui d’un bon père de famille et pris des décisions importantes comme forcer les entreprises n’œuvrant pas dans les services et produits essentiels à cesser temporairement leurs activités.

Une fois la pandémie sous contrôle en 2021, il fallait relancer l’économie québécoise, mais tout allait au ralenti. Le rôle d’Investissement Québec a été modifié, une Stratégie québécoise de recherche et d’investissement en innovation et des zones d’innovation a vu le jour. François Legault a pris différents moyens pour remettre le Québec sur les rails. Afin de permettre aux Québec de profiter de l’engouement pour la transition énergétique et les véhicules électriques, son gouvernement a décidé de mettre sur pied la filière batterie et profiter du fait que le sol québécois regorge de terres rares et de minéraux critiques, des éléments entrant dans la fabrication de batteries modernes.

Et ces nouveaux axes de développement reposaient en partie sur l’augmentation de la production d’électricité du Québec. François Legault a donc relancé la production d’énergie propre et négocié des ententes avec le Massachusetts et la ville de New York pour leur vendre notre électricité. Le projet de loi 69, qui veut doubler notre production électrique d’ici 2035, a été adopté et Hydro-Québec entend investir plus de 100 milliards de dollars dans divers projets pour y arriver. François Legault a pris le chemin qu’aucun de ses prédécesseurs n’avait osé emprunter au cours des 50 dernières années, soit de négocier avec Terre-Neuve une entente pour l’exploitation de Churchill Falls ainsi que la construction du nouveau complexe de Gull Island. Cette dernière entente, comme tout pacte entre provinces canadiennes, fait face à des embûches présentement, mais François Legault est confiant qu’elle verra le jour, car elle est bénéfique aux deux provinces.

Cherchant à s’assurer que le Québec puisse jouer un rôle dans la transition énergétique et l’électrification des transports, le premier ministre offre aux entreprises étrangères de venir s’installer au Québec afin d’intégrer la filière batterie et profiter de l’abondance de minéraux critiques et d’électricité. Des sociétés québécoises comme Lion Électrique et Taiga ainsi que des multinationales comme GM, Ford, Northvolt, Volvo, Ultium CAM, Écopro, Vale, Nemaska Lithium, Volta Canada et autres ont tous lancé des projets au Québec dans lesquels la province a investi des comme importantes totalisant près de 2 milliards de dollars. Lorsque l’électrification des transports a connu un important ralentissement à l’échelle mondiale et que le climatosceptique Donald Trump est revenu pour un second terme à la présidence des États-Unis, le ciel s’est en quelque sorte écroulé sur la filière batterie et ses nombreux projets.

Des minières comme les mines Odyssey, Nouveau Monde Graphite, la Fosse du Labrador, Dumont Nicket, La Loutre ont également profité de la largesse des gouvernements de François Legault au fil des ans afin de développer des projets. François Legault sera toujours reconnu comme ayant été à la tête de deux gouvernements interventionnistes qui, selon certains observateurs, ont contribué plus de 15 milliards de dollars en subventions, prêts et blocs d’électricité à de multiples projets industriels. Il ne faut pas croire que toutes les démarches ont été des échecs, suffit de penser au chantier naval Davie, à la pharmaceutique Moderna, la spécialiste en cybersécurité Prompt, et à Bombardier qui a repris du galon.

Il ne faut donc pas croire que toutes les initiatives de François Legault en matière de développement économique ont été des échecs, le parcours a été parsemé de nombreux bons coups. Des facteurs hors de son contrôle comme la pandémie, la conjoncture économique et l’incertitude générée par Donald et sa guerre commerciale à tous azimuts, ont fait en sorte que plusieurs projets prometteurs ont connu une issue que personne n’avait prévue.

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