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Abitibi-Témiscamingue •
Nord-du-Québec
Papier et
industries connexes
Comment changer la boue en
or
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Par Patrick Rodrigue
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Si l’industrie papetière est souvent décriée pour les énormes
quantités de résidus que génèrent ses usines, ces mêmes résidus
pourraient paradoxalement éviter à ce secteur économique de
disparaître du paysage québécois.
Les boues papetières représentent l’un des
principaux résidus générés par le procédé de production de la pâte.
En 2007, la production combinée de pâte et de papier au Québec a
ainsi généré plus de 1,7 million de tonnes de ces boues.
Ressemblant à une épaisse purée constellée de grumeaux, elles sont
constituées d’eau, de fibres de bois et de minéraux. Si elles
présentent une capacité fertilisante équivalant à celle du fumier,
les boues papetières contiennent toutefois vingt fois plus de
matières organiques. Si cette caractéristique n’est pas visible à
l’œil nu, il suffit de humer l’air de la campagne lors de l’épandage
des fertilisants pour se rendre compte sans équivoque de la
différence. Là où le fumier dégage une odeur simplement forte, les
boues papetières émettent des miasmes tout à fait insupportables.
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L’utilisation de boues papetières dans la
fabrication de panneaux MDF permettrait d’obtenir un produit
plus solide et plus durable.
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Les compagnies papetières se débarrassent
de leurs boues surtout en les enfouissant ou en les incinérant pour
produire de l’énergie. Dans un cas comme dans l’autre, plusieurs
boucliers environnementaux se lèvent contre ces avenues. Quant à
l’épandage, si les odeurs fortes sont au rendez-vous, la confiance
des agriculteurs l’est beaucoup moins. De plus, les champs sont
souvent éloignés, ce qui accroît les coûts liés au transport.
Dans un tel contexte, comment les compagnies papetières
peuvent-elles se débarrasser efficacement de leurs résidus sans pour
autant risquer la banqueroute ou encore s’attirer les foudres des
militants écologistes?
Des meubles de boue
En Abitibi-Témiscamingue, on ne retrouve que deux usines papetières:
le complexe qu’opère Tembec à Témiscaming et l’usine de papier
journal que détient AbitibiBowater à Amos. Pourtant, la région
fourmille d’idées pour transformer leurs résidus en produits à
valeur ajoutée. Des idées qui, lorsqu’elles seront arrivées à point,
pourront être exportées ailleurs au Québec et même hors des
frontières.
Plusieurs projets sont actuellement développés par le Centre
technologique des résidus industriels (CTRI) du Cégep de l’Abitibi-Témiscamingue.
L’un d’eux consiste à utiliser les boues papetières dans la
conception de panneaux MDF. La conception de ces panneaux exige en
effet une fibre dotée de bonnes capacités adhésives. À la suite de
tests réalisés conjointement par le CTRI et l’Université du Québec
en Abitibi-Témiscamingue, il est apparu que l’ajout de boues
papetières issues d’un traitement d’épuration aux bactéries a
amélioré de façon importante les liens entre les fibres de bois.
Les panneaux MDF intégrant des boues papetières seraient donc plus
résistants que ceux qui n’utilisent que des fibres de bois. De plus,
les boues constituent une source d’approvisionnement à la fois
abondante et bon marché pour les fabricants de panneaux. Et qui plus
est, leur utilisation permettrait de réduire de façon à la fois
économique et écologique la quantité de résidus produits par les
usines papetières. Ne reste plus qu’à trouver un industriel qui
osera s’y aventurer.
De la boue dans votre foyer
En mai 2009, le CTRI s’est aussi vu remettre par le ministère du
Développement économique, de l’Innovation et de l’Exportation une
subvention de 500 000 $ pour définir de nouvelles avenues pour
valoriser les boues papetières. C’est qu’à l’heure actuelle, seules
25 % des boues sont employées comme amendement aux sols agricoles.
Quelque 30 % de ces boues sont simplement enfouies, tandis que 37 %
sont incinérées. Si cette dernière méthode permet de produire de
l’énergie à partir de résidus, elle génère aussi une importante
quantité de polluants atmosphériques.
Deux filières de valorisation ont été envisagées par le CTRI. La
première consiste à transformer les boues déshydratées en granules
énergétiques destinées à alimenter les poêles à combustion lente. Si
les essais préliminaires tendent à démontrer que ces granules
présentent une densité énergétique plus élevée que le chauffage au
bois conventionnel, la qualité de la flamme est cependant moins
agréable à l’œil. Néanmoins, certaines entreprises de l’Abitibi-Témiscamingue
manifestent déjà un intérêt à commercialiser un tel produit,
notamment Fabrication Écoflamme, une PME de Témiscaming.
L’autre avenue examinée pour valoriser les boues papetières serait
de s’en servir pour décontaminer et restaurer les sites miniers.
Grâce à leurs propriétés fertilisantes, les chercheurs estiment
qu’elles pourraient notamment être utilisées en tant que couche de
base destinée à accueillir les plants forestiers pour le reboisement
de sites miniers non générateurs de drainage acide. Les propriétés
de rétention des boues pourraient également les voir être employées
pour retenir les contaminants dans les sites miniers générateurs
d’acide. C’est à suivre. 
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