Couvert du MCI

  Cet hommage a été publié dans l'édition juin 2009 du Magazine Circuit industriel.
   
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Hommage au fondateur des
Promotions André Pageau


MERCI ANDRÉ !

 

Roger St-Hilaire

 

par Roger St-Hilaire

Pourquoi faut-il attendre que quelqu’un décède pour lui dire qu’on l’apprécie, qu’il est important pour nous, qu’on l’admire, qu’on l’aime ? Pourquoi ce silence qui nous empêche de lui dire qu’on le trouve humain, qu’on le respecte pour son sens des valeurs, pour l’affection et la fierté qu’il témoigne à sa famille ? Qu’est-ce qui nous retient de le remercier pour sa loyauté, pour l’exemple d’une détermination à toute épreuve qu’il affiche et pour la sagesse de ses opinions ? Pourquoi se priver d’applaudir ses succès, quand on sait la dose d’efforts, le nombre incalculable d’heures qu’il a investi et les sacrifices qu’il s’est imposé pour y parvenir.

 

Je réfléchis tout haut au décès du fondateur de ce magazine que vous tenez entre vos mains, André Pageau, car c’est de lui, André que je parle.

Bien que nos rencontres fussent parfois espacées en termes d’années, chacune d’elles avaient pourtant l’allure d’un événement, tellement elles m’ont enrichi. Nous nous sommes connus au CEGEP de Ste-Foy, où j’enseignais la vente aux adultes, au début des années 70. Il avait le don de prendre sa place, sans prendre celle des autres, de se démarquer lors d’exposés. Il démontrait un leadership certain. Il sentait le gars qui veut réussir.

Je me souviens du soir où il était venu à ma résidence pour me proposer de devenir chroniqueur d’une revue qu’il s’apprêtait à lancer et qui allait s’appeler «L’Outilité», avant de devenir, plus tard, le M.C.I. Lorsque je lui ai demandé quel en serait le contenu, il m’a tout bonnement répondu: «Ton article et mon éditorial, pour le moment. Je devrais être capable d’atteindre une vingtaine de pages pour débuter». Je me souviens que quelques semaines plus tard, il est venu me présenter sa première édition en me disant fièrement : «Roger, il y a 3 fautes dans ma revue et je vais essayer de réduire ça à la prochaine parution». Et il a ajouté, avec un sourire triomphal : «Plusieurs personnes n’ont pas de fautes dans leur revue, mais elle n’est toujours pas publiée !». Quelques quatre ou cinq ans plus tard, André venait de lancer son premier salon et il m’avoua qu’il trouvait cela lourd de concilier toutes ses activités avec deux commerces encore à l’adolescence.

J’apprendrai peut-être quelque chose à ses proches, mais il m’offrit de me vendre sa revue à un prix dérisoire en me disant qu’il se sentirait soulagé d’un certain fardeau fiscal. C’était à l’époque où l’on commençait à peine à apprendre le mot «subvention» et qu’à moins d’avoir hérité, on devait compter sur nous-mêmes pour faire avancer nos projets. Je lui ai répondu : «André, si j’étais croche et que je ne me considérerais pas comme l’un de tes amis, j’accepterais sur le champ, mais je t’enlèverais ton gagne-pain et celui de ta famille.» J’avais ajouté : «Tes deux projets sont comme les deux doigts d’une main et l’un ne va pas sans l’autre». On n’en a jamais reparlé.

Était-ce parce qu’on a débuté ensemble et chacun de notre bord ? Peut-être, mais on se comprenait. La suite de sa carrière a été marquée par une croissance constante, une évolution remarquable. Il a doté la ville de Québec de son plus gros salon industriel et il s’est étendu en région. Il a su s’entourer d’une équipe de fidèles collaborateurs et il a su préparer sa relève.

Je l’ai rencontré deux mois avant son décès, en compagnie de son épouse et il m’a informé du combat qu’il livrait. Il m’a laissé entendre qu’il continuerait sur une base temporaire à accompagner son fils Éric et son gendre Michel, auxquels il venait de vendre ses parts. Je savais qu’il savait et c’était bien lui, de tenter de nous réconforter.

On dit qu’à notre décès, ce n’est pas ce qu’on emporte qui compte, mais ce qu’on laisse. André est devenu quelqu’un et il est demeuré lui-même. À notre dernier rendez-vous, j’ai salué les siens dont son épouse qui l’a toujours épaulé dans toutes les circonstances de sa vie. J’ai senti une grande tristesse, mais une grande fierté. André a réussi et il continuera à sa façon, à guider les siens, car ses empreintes sont incrustées dans tous les pores de ce qu’il a touché.

Je me suis abstenu d’assister à la cérémonie des funérailles, car j’avais besoin de décanter, de méditer sur le vide qui nous envahit lorsqu’une personne qui nous est chère décède. J’avais besoin d’être seul... avec mes larmes.

Merci André !

 

Roger St-Hilaire

Conférencier et instructeur de vente