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L’industrie du meuble à Québec: un marché très
conservateur
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Par
Reine-May Crescence |
Dans le secteur du meuble qui traverse
actuellement une période difficile avec la concurrence chinoise et
l’appréciation du dollar canadien, la ville de Québec fait un peu
figure à part. C’est un marché très conservateur occupé par des
fabricants et détaillants établis depuis des générations qui
laissent peu de marge de manœuvre aux nouveaux joueurs.
À moins que ces derniers n’arrivent avec une
formule totalement révolutionnaire! Les quelques chaînes qui ont
tenté de s’y implanter dernièrement n’ont pas fait long feu. Ce fut
le cas des magasins de meubles Fly America qui ont fait faillite en
2006. «Nous avons à Québec un marché de fidélité occupé par des
entreprises familiales. Il faut être capable de proposer un nouveau
produit qui corresponde véritablement à la demande» estime Martin
St-Gelais, propriétaire de Meubles Design Yvon St-Gelais. Son
entreprise, fondée par son père, fabrique et vend des meubles design
sur mesure depuis plus de 40 ans. Un créneau porteur dans lequel il
s’est engouffré très tôt pour se distinguer des importateurs de
masse tout en répondant aux nouvelles attentes des consommateurs. «À
Québec par rapport aux grosses villes, les gens recherchent une
qualité. Notre clientèle est très à l’aise financièrement et mature,
composée souvent de gens à la retraite qui savent ce qu’ils veulent
et disposent d’un budget» déclare Martin St-Gelais.
Une production diversifiée
Outre
les meubles, l’entreprise fabrique et commercialise des produits
pour le corporatif comme les murs d’eau et les aquariums, offre des
concepts de décoration clés en main et un site Internet interactif
correspondant aux exigences des acheteurs modernes. Une stratégie de
diversification et de fabrication personnalisée qui lui permet,
depuis cinq ans environ, d’augmenter sa part de marché de 20 à 25%
par année, tout en conservant une longueur d’avance. «Notre objectif
n’est pas de vendre en quantité, mais de conserver notre clientèle
en offrant un service de proximité à des coûts compétitifs» indique
l’entrepreneur.
Les Industries de la Rive Sud Ltée tiennent plus ou moins le même
discours. Ce manufacturier fabrique des meubles assemblés et
prêt-à-assembler, de bas et moyenne gamme depuis 1940. Ses produits
sont commercialisés chez les détaillants aux États-Unis, au Canada
et, dans une moindre mesure, au Mexique. Pour Gilles Pelletier,
vice-président vente et marketing, le marché du meuble à Québec est
très conservateur et dominé par de grosses entreprises familiales
qui laisse peu de place à ce qu’il appelle «les petits joueurs».
Des meubles plus créatifs
Selon lui, les difficultés du marché sont connues. «Au niveau des
détaillants indépendants, la relève n’est pas assurée. Ces gens-là
sont en compétition avec les grandes surfaces. Les goûts du public
évoluent également et nos compétiteurs se situent désormais dans le
domaine électronique qui attire les jeunes consommateurs. Ceux-là
privilégient, par exemple, le cinéma-maison. Au niveau des meubles,
l’acheteur a tendance à mettre son argent dans l’électroménager en
priorité» constate ce professionnel qui assure que l’entreprise
subit moins la pression chinoise, du fait qu’elle a su être
proactive.
«Ce sont les fabricants de bois solides qui sont en compétition
directe avec la Chine» précise Gilles Pelletier, «nous avons changé
notre créneau en développant notre site Internet pour élargir notre
clientèle. Nous avons également revu nos processus de fabrication
pour avoir plus de flexibilité manufacturière et, un effort a été
réalisé pour proposer des produits plus créatifs, un choix vaste de
coloris, une nouvelle identité visuelle et des prix très
compétitifs».
Aussi, même si les Américains demeurent des concurrents féroces, il
estime que ces «mastodontes» ont aussi leurs faiblesses et que la
force de l’industrie québécoise réside dans l’innovation et la
fonctionnalité des meubles, créneau délaissé par les Américains axés
sur les gros volumes.
Ameublement Tanguay, chef de file parmi les détaillants considère,
pour sa part, que le marché se porte bien sans pour autant vivre la
période faste de l’avant 2001. Il a fallu tout de même s’ajuster sur
la compétition. «Le client veut bien payer un peu plus cher pour de
la qualité mais pas le double de ce que coûte un meuble chinois. Il
faut donc trouver un juste milieu. Nous allons toujours avantager la
fabrication québécoise, mais si le client veut du meuble asiatique,
nous devons suivre» déclare André Jolicœur, vice-président aux
finances et aux opérations marketing qui ne cache pas qu’en ce
moment, l’entreprise importe environ 10% à 15% d’Asie pour répondre
à la demande. Et il est loin d’être le seul.

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