| |
Nouvelles perspectives du côté des plastiques de
polymères
| |
 |
| |
Par Paul-É. Thériault |
Bien malin qui aurait pu dire, au tournant du
siècle, que moins de 10 ans plus tard, on verrait poindre et se
réaliser des projets majeurs liés au domaine des plastiques au
Saguenay. C’est pourtant le cas, sur le terrain, pour cette région
reconnue pour l’aluminium, le bois et papetières et l’industrie des
bleuets. Le directeur général de la Société des fabricants régionaux
- un réseau d’accompagnement des entrepreneurs - Martin Simard, est
d’avis que, si les gens d’affaires ont l’occasion de s’impliquer
dans le développement économique dans un tel réseau, cela va
influencer le développement et conduire à des projets plus ouverts
et créatifs. «Le dynamisme et la créativité des gens d’affaires du
Saguenay—Lac-Saint-Jean ont toujours été présents mais un peu
camouflés par toute la démarche globale des grandes entreprises…».
Il se montre confiant, rappelant l’importance du
réseau régional d’accompagnement faisant référence aux Centres de
recherche, de formation, à l’Université et ses Centres de
développement, aux Cégeps et leurs propres Centres, etc…
Quant au créneau des plastiques, il demande une importante base de
recherche et de développement, rappelle-t-il. Il cite des
organisations dont les CFER, notamment celui de Chicoutimi. Il fait
le lien avec de nouvelles orientations industrielles que développe
la région. «La structure d’accompagnement économique que l’on s’est
donnée au cours des dernières années devrait aussi se doter d’autres
façons de faire pour permettre de rejoindre les PME et les
accompagner de façon formelle.»
Pellicules biodégradables et compostables
La tendance «verte» suscite l’intérêt pour des pellicules
biodégradables. C’est d’ailleurs ce qui a donné vie à un important
projet suscitant un développement majeur d’une petite PME d’une
autre municipalité, Desbiens, à quelques kilomètres d’Alma, tandis
qu’à Saguenay, arrondissement Jonquière, un autre projet, BioMatera,
devrait connaître d’importants développements dans les mois à venir.
Trois projets, dont un à l’étape intermédiaire, prennent l’avantscène.
En juin, on a procédé à l’ouverture officielle de Naturfab, dans la
municipalité jeannoise de Desbiens. Dans l’ancienne usine de Johnson
& Johnson, qui a accepté de laisser en place une usine désaffectée,
on fabrique maintenant des sacs de plastique biodégradables, ce qui
représente un investissement de 3,6 millions $. Au départ, il y a eu
création de 20 emplois, avec un potentiel de 100 à 150 employés
d’ici trois ans.
Selon les actionnaires, cette technologie rend le sac de plastique
entièrement biodégradable et compostable. La compagnie NaturSac, le
plus important fournisseur de sacs de plastique biodégradables au
Canada, assurera la commercialisation de l’ensemble de la production
de l’usine de Desbiens. «Je crois que c’est exactement la même
technologie qui a été importée ici, me dit-elle. Leur polymère n’est
pas biodégradable mais plutôt fragmentable ou oxobiodégradable»,
raconte la présidente de BioMatera, Sylvie Otis.
Ce développement a des retombées positives sur une PME d’Hébertville-Station.
Marc Fortin, grand patron de Sacs Munger, voit s’ouvrir de nouvelles
avenues grâce à ce partenariat. L’entreprise, qui fabrique des sacs
de poubelle, a négocié des ententes d’approvisionnement avec
NatureSac, implantée dans l’ancienne usine de Johnson & Johnson de
Desbiens. Il parle d’un vaste marché, à savoir Provigo, Maxi,
Loblaws. Sacs Munger investit 400 000$ et parle d’un marché
potentiel de 25 millions $ au pays, dans le domaine du sac à
poubelle. L’entente pour les formats qu’il fabriquera pourrait être
exclusive. M. Fortin s’attend à multiplier ses ventes par 20. Le
personnel augmentera d’une vingtaine d’emplois, prévoit-il, au
moins.
Il a confiance dans cette fibre de polymère d’origine européenne.
Dans une boîte, le sac se conserve 12 mois, dit-il et met de trois à
douze mois à se dégrader. Il veut aussi développer un sac pour
déjections animales, afin de faciliter les choses aux propriétaires
d’animaux de compagnie, lors de promenades. Des confirmations avec
des distributeurs sont faites, dit-il.
BioMatera
Une entreprise prometteuse en matière de plastiques biodégradables
est BioMatera, de Saguenay. D’importantes percées technologiques ont
été réalisées au cours des derniers mois et certaines ententes
commerciales et financières étaient sur le point de se conclure au
moment d’écrire ce texte, tandis que d’autres sont prévues au
tournant de l’année.
La présidente directrice générale de cette entreprise, Sylvie Otis,
rappelle que les activités de recherche ont débuté en 1999. Elle
voit dans les développements liés aux biopolymères, une technologie
pouvant faire les belles années de la région comme l’aluminium et le
bois. «BioMatera deviendra une multinationale», dit-elle.
L’entreprise détient des brevets sur les technologies qu’elle a
développées et vise haut avec ses produits créés à partir de
procédés biotechnologiques ou de bactéries.
On a retenu la plus prometteuse des 5 bactéries étudiées et
expérimentées, de sorte qu’elle produit un très haut contenu de son
poids en polymères. Après avoir innové sur des procédés d’extraction
et purification, BioMatera est maintenant en mesure, dit sa PDG, de
produire à l’échelle pré-commerciale, des quantités de polymères
biodégradables. Cette matière peut se présenter sous diverses formes
(poudre, latex, pastilles, pellicules, gels et crèmes) et être
utilisée pour la fabrication de produits industriels, cosmétiques et
même biomédicaux. «Nous sommes en contact avec les plus grandes
compagnies d’emballage de la planète. On nous identifie comme ayant
un potentiel très intéressant, dans le contexte actuel. Leurs
analyses leur démontrent que notre polymère se démarque positivement
de tous les autres polymères biodégradables qu’ils ont testé. Nous
en sommes à monter la structure de production pour fournir du
polymère en quantités importantes», dit Mme Otis.
BioMatera a des possibilités variées avec ses polymères, déjà
recherchés par des compagnies d’importance internationale. Dans ses
bureaux, elle montre plusieurs exemples de ces produits et parle de
normes de développement durables entrant en vigueur.
Les marchés des polymères synthétiques sont importants, indique Mme
Otis: 150 millions de tonnes par an. Elle cite des études selon
lesquelles, dès maintenant s’il y avait un marché de l’offre, au
moins 10% du total pourrait substituer ces quantités. On prévoit que
l’offre sera d’un million de tonnes, en 2011. Ainsi, les différentes
compagnies vont se spécialiser dans certaines niches, pour ce qui
est de la valeur ajoutée. Elle parle d’un mouvement mondial où
l’inaction est impossible.
BioMatera détient une entente temporaire pour installer une usine à
l’emplacement de l’ancienne papeterie de Port-Alfred (La Baie). La
R&D a demandé plus de 8 M$. Prochaine étape: l’usine pilote avec
cuve principale de 7 500 litres, précédant une cuve industrielle de
200 000 litres au minimum. L’amorce de la phase industrielle est
prévue pour les débuts 2008 et la production en 2009. 
|
|