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Durant les 15
prochaines années... Par Martine Frigon
Il semble que l'Amérique des années 50 et 60, où l'image de la famille appartenant à la classe moyenne, qui possède sa maison unifamiliale et sa voiture, pourrait se refléter bien concrètement en Chine, d'ici quelques années seulement.
En fait d'ici 15 ans, ce sont trois cents millions de Chinois qui consommeront comme les Occidentaux, c'est-à-dire du pétrole pour mettre dans leurs voitures, ainsi que tous les biens de consommation prisés et utilisés en quantités énormes ; bref, le reflet de la situation d’ici.
Ces affirmations, ce sont celles de Normand Lester, journaliste depuis 1964 et depuis fort connu, alors qu'il s'entretenait avec un auditoire attentif cet automne à Lévis.
Paradoxalement, la Chine, cet ancien pays communiste sous le règne de Mao Tsé Toung en 1949, est en voie de devenir le pays capitaliste le plus important au monde, avec une population d'un milliard trois-cents millions de personnes.
« Le taux de développement annuel en Chine est actuellement de 9 % et la plupart des pays industrialisés comme le Canada, ont peine à afficher un taux de 3 %. D'ici moins de cinq ans, soit en 2010, le produit national brut de la Chine aura dépassé celui des États-Unis ! », dit-il.
Au-delà des statistiques, le fait concret demeure… « Les Chinois feront les mêmes choix que nous et qui sommes-nous pour les empêcher, nous qui avons plusieurs téléviseurs dans la maison, une ou plusieurs voitures et nos propres résidences individuelles ? », lance-t-il.
Le plus grand acheteur de ressources naturelles au monde
La Chine serait le plus grand consommateur de zinc, d'étain, de charbon et de minerais de fer sur la planète. De plus, elle occuperait le deuxième rang pour l'achat d'acier et de pétrole. « Plus de la moitié des navires marchands sur les mers et les océans de la planète transportent pour la Chine », explique Normand Lester. On n'a d'ailleurs qu'à penser aux porte-conteneurs qui sortent des chantiers navals chinois et qui sont tellement grands qu'ils ne peuvent passer par le Canal de Panama.
« En Australie par exemple, la totalité du charbon de ce continent est vendu aux Chinois. Il manque même de navires ! Un autre exemple de la forte demande en matière première et en énergie, plus près de nous, c'est la récente acquisition d'une pétrolière canadienne par les Chinois. »
Le journaliste poursuit en citant d'autres exemples tels que la pénurie de ciment aux États-Unis. La raison : il est tout acheté par les entreprises chinoises.
Augmentation des problèmes de pollution
Toute cette industrialisation provoque également des problèmes environnementaux tant au niveau de la demande énergétique que de la consommation. Avec l'émergence des trois cents millions de Chinois qui accèderont à la classe moyenne, ceci amènerait la présence de 165 millions de véhicules automobiles de plus en Chine où actuellement, l'on en compte deux millions.
« La Chine compte 16 des villes les plus polluées sur la planète », indique M. Lester. « Ceci affecte aussi l'Occident car les vents se déplacent vers le Pacifique et la pollution atmosphérique peut même traverser l'océan pour atteindre l'ouest du Canada et des États-Unis. »
Normand Lester explique que la Chine deviendra l'acheteur d'énergie non-renouvelable le plus important au monde d'ici quelques années. « La Chine ne possède aucune ressource énergétique telle que l'hydroélectricité ou encore une forte capacité éolienne. Elle continuera à utiliser le charbon comme principal combustible et par ricochet, contribuera à polluer la planète par ses centrales au charbon. »
Industries manufacturières d'ici en sursis?
Qu'en est-il des entreprises manufacturières d'Occident et notamment celles du Québec ? Alors, que les industriels prônent la valeur ajoutée, le service personnalisé et la proximité, il semble que la Chine « produise » un nombre effarant d'ingénieurs et de techniciens spécialisés à la fine pointe des technologies les plus modernes.
« Avec le décalage horaire, il est intéressant de travailler avec les entreprises du Moyen et de l'Extrême-Orient. On pose nos questions par courriel avant de quitter le bureau à 17h00 et le lendemain, nous avons nos réponses ! »
Et comment en est-on arrivé là ? Normand Lester propose son analyse. « Il est clair que les consommateurs font leur magasinage chez Wal-Mart pour payer moins cher, le commerce de détail achètera des produits chinois, au détriment des produits nord-américains parce qu'ils sont moins chers. L'argent des consommateurs d'ici s'en va en Chine. »
Avec l'argent américain qui se dirige vers le pays du soleil levant, les États-Unis ont maintenant besoin de celui des entreprises chinoises pour maintenir son économie. « Nous vivons maintenant un paradoxe car les États-Unis, qui ont besoin de capitaux étrangers pour ses bons du trésor, reçoivent de l'argent provenant d'entreprises chinoises. »
Comment voit-il l'avenir du secteur manufacturier au Québec ? « Les métiers non-spécialisés en production vont disparaître de plus en plus. Ce sont les hautes technologies et l'économie du savoir qui devront être favorisées ici. »
Il cite également le mouvement syndical, si propre à l'Occident, qui risque de ne pas faire d'adeptes, du moins dans un avenir à court et à moyen terme en Orient. « En Occident et notamment au Québec, la syndicalisation est fortement présente. Mais malgré l'ascension de la classe moyenne, la Chine ne comptera pas de grands mouvements syndicaux. Elle présente encore une dictature autoritaire qui ne tolère pas les syndicats et le droit de contester. Les ouvriers ne sont pas organisés et le gouvernement interdit toute forme de manifestation. »
Alors, la Chine est-elle une menace ? Pour Normand Lester, la réponse est affirmative pour trois raisons : à cause de la pollution atmosphérique qu'elle risque de générer et en raison de ses méthodes de production et ses attitudes face à la compétition.
« Les pratiques d'affaires des Chinois peuvent quelquefois être près de la barre de l'illégalité. Par contre, avec leur adhésion à l'Organisation mondiale du commerce, l'OMC, ils font de plus en plus attention pour être conformes aux règles du marché et à l'éthique. »
Après la Chine, ce sera l'Inde qui verra
émerger une importante classe moyenne. Déjà les centres d'appels de
grandes entreprises bien connues sont installés dans ce pays. «
Ensuite, viendra le tour des 850 millions d'Indiens qui voudront faire
le même style de vie que nous et les Chinois lorsqu'il accéderont à la
classe moyenne ! », ajoute Normand Lester. « Nous devons nous préparer
et ajuster notre économie pour survivre. »
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