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Les textiles
techniques Par Martine Frigon
Est-elle terminée l'époque prospère du textile au Québec ? Il semblerait que non d'après les intervenants en recherche et en promotion du textile. En fait, l'avenir se situerait entre autres dans les textiles techniques.
Dressons avant toute chose un portrait de l'industrie du textile au pays. Elle se divise en quatre secteurs de fabrication qui accaparent sensiblement les mêmes proportions, soit environ 25 % du marché total.
Le premier secteur d'activité repose sur la confection vestimentaire ; un secteur en déclin et accaparé par les pays en émergence et proposent des coûts d'opération beaucoup moindres qu'ici. Le second regroupe les tissus d'ameublement, de rideaux et de literie. Le troisième secteur renferme les entreprises manufacturières de tapis, et le quatrième, porteur d'avenir selon le Groupe CTT (Centre des technologies textiles) et le Comité sectoriel de main-d'œuvre de l'industrie du textile du Québec, comprend le textile technique.
De la couture en série aux textiles techniques
Mais qu'est-ce qu'un textile technique ? « Il faut faire une différence entre la confection de vêtements et la fabrication de textiles techniques. Ces derniers ne sont pas nécessairement des vêtements en soi », explique Richard Cormier, vice-président du Groupe CTT, organisme bien connu dans le milieu textile, ayant ces bureaux et laboratoires à Saint-Hyacinthe.
« Le secteur du textile technique renferme une douzaine de catégories de produits représentant plusieurs applications telles que des timbres transdermiques, des vêtements jetables d'hôpital, des composantes automobiles, des bases bitumineuses pour toitures, des gilets pare-balles, des tenues de pompiers, des vêtements de camouflage militaire et même des artères artificielles ainsi que des valves cardiaques ! », ajoute-t-il.
Au Québec, une cinquantaine d'entreprises se seraient spécialisées dans la fabrication de textiles techniques, et dans les régions de la Mauricie, du Centre du Québec et de Lanaudière, on en compterait une douzaine. Les exemples de textiles techniques sont infinis. Une toile de chapiteau, de l'emballage agricole, des masques de protection, un boyau d'arrosage, un sac de couchage pour basses températures ou encore un filtre industriel sont tous des textiles techniques. D'autres exemples ? Un senseur tissé dans le bracelet d'une montre ou un chandail conçu pour localiser en permanence une personne qui souffre d'Alzeimer ; des chiffons ou autres tissus jetables aseptisés ou non ; des vêtements possédant un censeur qui prévient des augmentations de température du corps : essentiels notamment pour les pompiers qui ont à travailler à des températures très élevées.
Les méthodes de production des textiles techniques diffèrent également de la confection. Les équipements sont plus sophistiqués ; on y effectue plus d'opérations automatisées et les besoins en personnel spécialisé sont plus importants. Bref, moins de personnel, davantage de machines mais bien plus de personnel spécialisé...
Traitement des tissus par plasma froid
Parmi les nouvelles technologies dans le monde du textile, on retrouve le traitement des tissus par plasma froid. Il consiste à appliquer un traitement de finition sur un tissu en évitant l'utilisation de grandes quantités d'eau, de solvants et d'autres produits chimiques. « Le principe est également écologique. Autrefois, il fallait tremper le vêtement dans un bain pour l'imbiber d'une substance. Maintenant, il est possible de se passer de ses bains chimiques », précise Ion Radu, spécialiste textile au Groupe CTT.
La pulvérisation par plasma est un procédé sous pression réduite qui permet d'appliquer directement un revêtement métallique sur des tissus. Par exemple, les revêtements d'argent ou d'oxyde d'argent sont des composantes antimicrobiennes utilisées dans les bandages médicaux ou les pansements pour grands brûlés. Ce type de pansement technique diminue substantiellement le temps de guérison d'un patient.
Une autre technique innovatrice consiste à insérer des matériaux à l'échelle nanoscopique dans un textile. Ce peut être à titre d'exemples un médicament, un insectifuge ou encore un parfum à libération contrôlée.
Clientèle nord-américaine
Ce sont nos voisins du Sud qui seraient les plus gros acheteurs de textiles à valeur ajoutée fabriqués par les industries d'ici. Viennent en second les acheteurs canadiens. « Notre force, c'est notre proximité. Plus le produit est technique, plus il aura tendance à se régionaliser. Prenons l'exemple d'un vêtement de pompier qui doit répondre aux normes canadiennes ou états-uniennes. Les concurrents étrangers ont moins d'intérêt à compétitionner sur ce genre de marché en raison de la distance, des exigences techniques et des délais de livraisons », lance M. Cormier.
Non pas que la compétition chinoise et
celles des pays émergents ne se penchent pas sur la production de ces
types de textiles, mais elles concentrent actuellement la majorité de
leurs activités sur la confection et la production de textiles de
commodité. « La plupart des pays industrialisés prennent le virage des
textiles techniques, mais nous offrons un délai de livraison et de
production à l'intérieur de deux semaines alors que les Européens et
les Asiatiques offriront un délai de huit à douze semaines. » Quoi
qu'il en soit, pour Richard Cormier, la solution passe par l'ajout de
valeur, les techniques modernes du "branding", de commercialisation et
la production de textiles de micro-niches (petites niches spécialisées
où les entreprises d'ici seront les leaders mondiaux). « Ce n'est pas
seulement le textile qui est touché par la mondialisation, mais nos
secteurs étant particulièrement vulnérables. Les manufacturiers n'ont
pas le choix que de réagir en étant plus innovateurs et totalement
centrés sur les besoins des clients. Ceux qui comprennent cette
nouvelle réalité auront un futur très prometteur. »
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