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Robert Ribeyron, industriel forestier et écolo ! Par Sylvain Dupras Les artistes, par exemple, nous ont habitués à épouser les causes des écologistes. L'auteur-compositeur-interprète Richard Desjardins est reconnu pour défendre la forêt boréale. Or, il existe bien un industriel forestier qui exploite lui-même les forêts québécoises et qui se porte à la défense d'une exploitation plus rationnelle de nos forêts. Cet homme, Robert Ribeyron, possède une usine de fabrication de planchers de bois franc dans la région de la Petite-Nation en Outaouais, voisin des Laurentides.
Pour approvisionner son usine, l'homme d'affaires d'origine française doit acheter des billes de bois dont les essences proviennent des forêts de la région. Une situation paradoxale pour un homme qui se dit écologiste ? Non, dira-t-il. Pour lui, cette préoccupation est naturelle : il est contre la coupe à blanc des forêts et en faveur d'une saine gestion de ce patrimoine québécois.
« Je trouve que l'on ne fait pas assez attention à nos forêts. Il faut les surveiller car c'est important pour la planète en général », a lancé M. Ribeyron alors qu'il était honoré par ses pairs de la Chambre de commerce de Gatineau, l'automne dernier, à titre de récipiendaire du prix de l'innovation technologique.
Faire mieux avec moins
Un prix qui est venu confirmer que ce paradoxe n'en est pas un finalement. M. Ribeyron a développé un plancher dont l'épaisseur est de 14 mm plutôt que 20 mm comme c'est le standard dans l'industrie. Un plancher tout aussi résistant, affirme-t-il.
« Avec les nouveaux vernis, on n'a pas à sabler aussi souvent. Il n'est donc plus nécessaire d'avoir des planchers aussi épais. Un plancher de 14 mm peut durer plus longtemps que la vie d'une personne. En diminuant l'épaisseur du plancher, nous sauvons un arbre sur dix. »
Cela ne s'arrête pas là ! Robert Ribeyron a aussi réduit la largeur des lames qu'il utilise, passant de 4 à 5 mm à 2 mm. Une autre économie substantielle. « Quelqu'un m'avait dit de ne pas trop en parler, que les compétiteurs voudraient s'emparer de mon idée. Qu'ils s'en emparent, c'est ce que je veux. On gaspille bien trop de bois et il faut en maximiser l'utilisation. On coupe trop de petits arbres qui ont 40, 50 ou 60 ans. C'est beaucoup trop jeune. Il faudrait les laisser vivre jusqu'à 200 ans. On est dans la plus grosse réserve de feuillus au Canada. Je vois vider les forêts. Le gouvernement doit intervenir au lieu de fermer les yeux. Il faut sérieusement songer à l'avenir, sinon on va le regretter. »
Robert Ribeyron a un autre projet embryonnaire pour mieux utiliser la ressource. Il veut que les billes qui sont acheminées aux compagnies papetières puissent être examinées. Il croit que 25 à 35 % de bon bois est gaspillé pour faire du papier alors qu'il pourrait avoir une vie plus noble en meubles, en planchers ou en moulures. Déjà un premier contact a été établi avec la compagnie Papiers Fraser. À l'usine Ribeyron, rien n'est jeté. « Les copeaux de bois sont pour les litières d'animaux. Les nœuds sont cassés en granules et vendus. Les plus gros vont dans le silo et on chauffe avec ça. Ce sont les détails qui font les profits, » précise-t-il. Même les bouts de bois de 18 centimètres sont vendus en Europe pour du plancher en mosaïque.
Fondateur et président
Robert Ribeyron, fondateur et président de l'entreprise, appartient à une lignée d'entrepreneurs dans le domaine du bois. Dès 1880, son grand-père opère une scierie en France, au cœur du Haut-Forez (Saint-Étienne). Reprise par son père, l'entreprise prend de l'essor en devenant une usine de fabrication de caisses d'expédition en 1947. La richesse des ressources forestières canadiennes et les perspectives de développement qu'elles laissent entrevoir amènent l'installation de l'entreprise à Papineauville, en Outaouais, en 1951.
Il s'implique dans l'entreprise familiale dès l'adolescence. Le travail d'ouvrier, la vente, la conception de machines, il participe à tous les rouages de l'entreprise. Il en prend la direction en 1967 après avoir eu la responsabilité de la production pendant plusieurs années. Depuis, il dirige l'entreprise avec persévérance et ingéniosité, en adaptant la production aux divers besoins du marché. Sous sa direction, la scierie et l'usine se sont successivement consacrées à la production de casiers à bouteilles, de palettes, de baguettes pour les séchoirs à bois et de composantes diverses pour le marché européen.
Depuis 1995, l'entreprise a concentré ses activités dans la fabrication de parquet, nez de marches et moulures. En 2000, l'entreprise employait déjà plus de 50 personnes. Pour répondre à la demande du marché, Robert Ribeyron investit 8 millions de dollars dans la construction d'une nouvelle usine à Ripon, près de Papineauville. Aujourd'hui, il compte environ 150 employés.
Robert Ribeyron a depuis toujours conçu, fabriqué ou modifié lui-même les équipements de ses usines afin d'atteindre une productivité maximale sans sacrifier sur la qualité de ses produits. L'usine de Ripon est le fruit de son esprit innovateur et de son expertise.
L'usine de 4000 mètres carrés compte deux lignes de production d'une capacité totale de 3 000 mètres carrés par quart de travail. La plus petite ligne produit les nez de marches, moulures et planchers de bois franc standards nord-américains. La plus grande a été conçue pour répondre à la demande du marché européen en produits de précision supérieure. Elle intègre une parquetteuse Weinig conçue pour atteindre des objectifs plus élevés d'efficacité et d'adaptabilité aux besoins du marché. Les systèmes automatisés ainsi que les refendeuses des deux lignes ont été conçus et fabriqués par Robert Ribeyron et son équipe. Ces innovations conçues avec des objectifs de qualité et de productivité réussissent à atteindre un troisième objectif : la minimisation des pertes de bois dans un souci de rentabilité et de conservation des ressources forestières.
Les installations comprennent six séchoirs à
bois chauffés par une bouilloire alimentée avec l'écorce et les autres
déchets de bois de la scierie et l'usine. La bouilloire produit
l'énergie nécessaire au chauffage de l'usine et de l'entrepôt. « De
cette façon, nous prenons soin de nos forêts en utilisant le maximum
de la matière première de toutes sortes de manières, jusqu'à la plus
petite particule de bois », termine l'homme d'affaires écologiste.
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