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Changement
climatiques dans le Grand Nord Par Martine Frigon
La presse internationale en aura abondamment parlé et ce sont surtout les aspects négatifs, voire catastrophiques des changements climatiques dans le Grand Nord canadien, qui auront fait la manchette. Ce qui a été très peu traité cependant, et presque pas du tout, c'est le fait que certains chercheurs n'y voient pas que des côtés sombres et envisagent même l'avenir avec un certain positivisme.
C'est le cas de Louis Fortier, professeur à l'Université Laval, chercheur et membre du conseil d'administration d'ArcticNet, un consortium de recherche qui a notamment organisé la mission CASES (Canadian Arctic Shelf Exchange Study) : une mission scientifique dans le Grand Nord canadien effectuée avec le navire de recherche NGCC Amundsen. C'est, dit-on, la plus importante mission scientifique canadienne jamais réalisée en océanographie arctique.
Kyoto et les autres
Pour Louis Fortier, l'heure est à l'adaptation car le phénomène ne cessera de croître dû entre autres aux émissions provenant des pays émergents et des pays occidentaux qui ont refusé de signer l'accord de Kyoto. « Le fait que la Chine, l'Inde et les États-Unis ne participent pas au protocole de Kyoto est dérangeant parce que ce protocole ne suffit pas à lui seul à freiner l'évolution du phénomène. Il faudrait réduire les gaz à effet de serre de 60 à 80 % de ce que nous dégageons actuellement. Il faut donc vivre et s'adapter aux changements qui surviendront. »
Brise-glace modifié en navire de recherche
Ancien brise-glace de la Garde côtière canadienne, le navire de recherche utilisé pour les missions scientifiques a reçu neuf modifications principales. Parmi les plus spectaculaires, on note la construction d'un puits interne pour descendre les équipements sous l'eau réalisé au chantier naval Verreault Navigation à Les Méchins au Québec. « Il a fallu créer un orifice dans la coque du navire et construire une porte hydraulique qui soit aussi étanche et épaisse que la coque du bateau puisque le navire est un brise-glace et que les missions s'effectuent en eaux froides », raconte M. Fortier. « Nous pouvons descendre les équipements par l'intérieur du bateau à une température de 15° à 20º C au lieu de le faire par l'extérieur à -50°C, une température très difficile pour les équipements. Avec le puits interne, ils passent de 20°C à -2°C, la température sous l'eau. »
D'autres aménagements sont également à signaler. On retrouve un bossoir de transbordement rapide pour le déploiement ou la récupération d'une navette de 7 mètres. « Ce qui coûte cher, c'est d'arrêter et de redémarrer les moteurs du navire. Avec le bossoir de transbordement, nous pouvons descendre ou récupérer une navette sans arrêter le bateau », de dire le chercheur. Mentionnons aussi l'installation d'un système de pointe de communication et d'enregistrement des données grâce à la fibre optique. « Nous savions comment transformer le navire ; nous connaissions nos besoins et l'Amundsen est un des meilleurs brise-glace de recherche au monde. »
Développement inévitable du Grand Nord
L'extension des voies navigables actuelles et les possibilités d'ouvertures de voies jusqu'à maintenant mythiques représenteront inévitablement un boom économique sans précédent pour le Grand Nord. « De nouvelles infrastructures seront construites : infrastructures routières et portuaires. Cela représente un défi important au point de vue environnemental », précise le chercheur. Pour ce dernier, il ne faut pas adopter l'attitude du retranchement et d'adopter la ligne dure pour s'insurger contre le développement économique de cette partie de la planète. « Nous ne pourrons pas empêcher le développement économique mais nous pouvons toutefois être vigilants dans le processus de développement. »
Quoi qu'il en soit, la face du Grand Nord
canadien change et ceci aura des conséquences majeures pour cette
région du globe mais également pour le reste de la planète.
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