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  Ce dossier a été publié dans l'édition avril 2004 du Magazine Circuit industriel.
   
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À Saguenay

Un modèle unique pour des couturières devenues coopératrices

Par Paul-É. Thériault

L’histoire des travailleuses de « Persïide Confection H. Tech » de Saguenay, arrondissement Chicoutimi, n’est pas cousue de fil d’or, mais leur ténacité et la prise en main de leurs destinées professionnelles, en 1998, ont tout de même permis le maintien de plusieurs dizaines d’emplois. Cela s’est fait dans un contexte où la concurrence asiatique, notamment, commençait à se faire sentir avec intensité.

 

Photo : Paul-É Thériault

Diane Bouchard coordonnatrice de production et la directrice générale Élisabeth Duchesne.


« Nous avons misé à la fois sur la qualité, la spécialisation et sur la diversité de production », résume la directrice générale de la Coopérative de travailleuses actionnaires en couture « High tech », Élisabeth Duchesne. De fait, les choses sont stables, l’entreprise ayant poursuivi sur son erre d’aller d’origine : actuellement Perséïde Confection H. Tech emploie 42 personnes, le double du départ ; trois personnes son affectées à la coupe, deux à l’administration et un mécanicien travaillent à temps plein. On a même déjà touché un sommet de 53 employés. « Nous sommes en concurrence avec l’Asie. Nous sommes réalistes, mais optimistes et confiantes», résume la directrice générale, pour rappeler le contexte difficile de l’industrie textile. Elle, qui a grandi dans le milieu entrepreneurial, rêvait depuis longtemps de se lancer en affaires.

 

« Sans cesse en quête de nouveaux débouchés, ces temps-ci, nous explorons la possibilité de contrats pour la Défense nationale, après avoir fabriqué du prêt-à-porter, des sacs à dos, des vêtements en polar, en complément de la spécialisation développée dans la confection de vêtements à partir de diverses membranes. » Perséïde est la seule usine québécoise de production accréditée Gore Tex dans le vêtement de type Sport Plein Air, rapporte-t-on.

 

Spécialisation

 

L’entreprise se spécialise en coupe et couture de vêtements haut de gamme. Elle a misé sur un système japonais ( TSS / Toyota Sewing System ) que le consultant montréalais Bernard Berzi ( Firme Bégicel Inc. ) a introduit au Québec. Dans l’atelier de Chicoutimi, on découvre des aires de travail modulaires en U, dans une vaste bâtisse bien éclairée où l’on voit d’un bout à l’autre de la salle à aires ouvertes : 11 400 pieds carrés où on trouve six modules d’assemblage, des aires de coupe, l’administration et l’entreposage. Les femmes y travaillent debout en équipes réduites de cinq, de façon à faire fonctionner chacune trois ou quatre machines, au fur et à mesure de la réalisation des pièces de vêtements. Ce mouvement de va-et-vient favorise la communication et la productivité, en limitant la monotonie et l’isolement.

 

Avec son milieu et l’extérieur, les femmes de Perséïde ont entrepris de développer des liens tricotés serrés, sur le modèle des rapports humains et de travail à la base de l’entreprise, depuis six ans. « Nous ne sommes pas nombreux à fabriquer des vêtements dans une région axée sur le bois et l’aluminium ! Ceux et celles qui opèrent dans la confection vestimentaire doivent se tenir les coudes. Les salaires que nous nous versons comme actionnaires ne sont pas extraordinaires, mais nous favorisons un milieu de travail agréable, ce qui aide à la productivité et à l’harmonie », renchérit Mme Duchesne, évoquant l’à-propos de maillages et partenariats. Par exemple, la recherche de contrats avec la Défense nationale se fait en partenariat avec une autre firme de Chicoutimi et une des Bois-Francs.

 

Il n’y a pas que les tissus qu’on retrouve étendus sur les tables, mais les chiffres : à chaque fin de mois, on les étale dans une complète transparence. En majorité, le personnel se sentait prêt à franchir le pas de la prise en main, fort de son expertise dans la manipulation délicate des membranes de type Gore Tex utilisées pour la fabrication de vêtements « Sport Plein Air ». Des couturières affichaient 15 à 20 ans d’expérience. Certaines, qui ont vécu le deuil de l’emploi et se sont reclassées ailleurs ou ont pris une pause, revenaient régulièrement voir leurs coéquipières et avaient fini par intégrer la coopérative. L’équipe actuelle comprend 20 à 25 couturières de l’ancienne équipe et des nouvelles venues, ce qui porte la moyenne d’expérience à 10 ans ; un seul homme y oeuvre : le mécanicien.

 

Un virage majeur

 

Une équipe de travailleuses à l'oeuvre dans un module en U du système original japonais (TSS/Toyota Sewing System). Cela limite les inventaires avec des livraisons "juste à temps".


Mme Duchesne était de l’équipe de couturières qui ont perdu leur poste, quand le goulot d’étranglement qu’a constitué un conflit de travail a amené les patrons d’alors de Chlorophylle à fermer la division de la production et mettre à pied les couturières et quelques autres employés ( entretien ).

 

L’entreprise avait donné un an au groupe pour se structurer avec un comité de main-d’oeuvre pour se partir en affaires. Spécialisée en recherche et développement, Chlorophylle n’en avait pas moins besoin de confier des contrats de confection. Ainsi, elle a été le principal fournisseur de la nouvelle coopérative de travailleuses, il y a six ans : l’ancien employeur fournissait initialement près de 90 % des contrats. Des 40 à 45 employés, 21 ont tissé leurs liens au sein de la nouvelle coopérative, à mesure que celle-ci diversifiait ses sources de contrats. Chlorophylle, maintenant propriété du groupe Louis Garneau, ne fournit plus que 20 % des contrats. Certaines entreprises du Québec, dont Conifère de Saint-Félicien, avaient intérêt à ce que les femmes de Perséïde se lancent en affaires.

 

Directeur général de la Coopérative de développement régional, François Lepage bombe le torse quand il parle du défi relevé avec succès par ce groupe de femmes dynamiques. « C’est une démarche exemplaire au chapitre de la prise en main. Ces travailleuses sont exemplaires : leur coopérative a tout de suite généré des profits. Bien des gens ne croyaient pas à un succès dans le textile, ici. » Il rappelle avoir pris en main ce dossier à la demande du premier ministre Lucien Bouchard.

 

L’entreprise se spécialise en production, ne faisant aucune mise en marché ni développement de produits. Elle préfère se concentrer sur la sous-traitance, remplissant des mandats pour des clients du Saguenay—Lac-Saint-Jean, mais aussi d'ailleurs au Québec. Ainsi, dans les ateliers du secteur Chicoutimi, on confectionne des produits de marques connues : Black Arrow (vêtements de chasse) pour Cascades, Boréal Design ( de kayak ), Avalanche, Apogée. Perséïde remplit surtout de petits contrats, les majeurs se retrouvant trop souvent attribués dans les pays asiatiques. Mme Duchesne constate une tendance au déplacement dans cette partie du monde.