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La mondialisation pose le défi de la spécialisation Par Sylvain Dupras Il y a 150 ans, une petite usine de fabrication d’allumettes de bois entrait en production sur la rive québécoise de la rivière des Outaouais, à Hull. C’était en 1851, quelques années avant la signature de la Confédération canadienne. Une multitude de petites usines ont ensuite vu le jour dans le même arrondissement afin de profiter de l’énergie hydraulique disponible entre les rives québécoise et ontarienne, en face du Parlement canadien. Aujourd’hui, c’est la papetière Domtar qui est propriétaire des lieux et qui a relevé le défi de la spécialisation imposé par le phénomène de la mondialisation des affaires.
L’usine Domtar d’Ottawa-Hull gère 57 structures, entre les deux rives. Plusieurs de ces bâtiments ont été convertis en entrepôts, mondialisation des affaires oblige. Ceci ne signifie pas pour autant que la production de Domtar à son usine d’Ottawa-Hull a été réduite, bien au contraire. La spécialisation de sa production et la modernisation de ses opérations au cours des dernières années ont fait en sorte que l’usine Domtar battra des records de production cette année, et ceci malgré un dollar canadien plus combatif et la compétition qui provient maintenant des quatre coins de la planète.
Martin Lorrion est le directeur général de l’usine Domtar d’Ottawa-Hull. Une usine qui compte maintenant quatre sites d’exploitation bien précis : l’usine de vapeur, qui alimente également l’usine de papier hygiénique Scott (vendue par Domtar il y quelques années), voisine du Musée Canadien des Civilisations, l’usine de traitement des effluents, trois machines à papier (une à Hull et deux à Ottawa), et un centre de finition sur Prince-de-Galles à Ottawa. Plus de 450 employés assurent les opérations de ces installations.
« Par le passé, les usines diversifiaient leur production, avance M. Lorrion. Aujourd’hui, les usines sont spécialisées. À la fin des années 80, nous produisions plusieurs types de papiers à nos usines. Même la pâte à papier a déjà été produite ici. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. L’usine Domtar d’Ottawa-Hull fabrique uniquement des papiers de spécialité et de publication. »
300 variétés de papiers
De fait, l’usine Domtar d’Ottawa-Hull fabrique quelque 300 variétés de papiers couchés ou non couchés et propose 29 finis différents dans une palette de 43 couleurs. Ces papiers sont destinés à des produits d’impression comme des catalogues, des bibles, des dictionnaires, des brochures, à l’emballage des aliments et de friandises, de papiers peints, d’étiquettes et autres.
Il y a quelques décennies, toute la production de ces usines était destinée au Canada. Aujourd’hui, 90 % de la production prend la route de nos voisins du Sud. « Ce sont des distributeurs (ils sont une quinzaine) qui achètent notre papier et qui le revendent aux utilisateurs.»
Malgré le ralentissement de l’économie entamé avant le 11 septembre 2001, la compétition internationale et la chute des prix, la demande en papier est légèrement à la hausse et l’usine d’Ottawa-Hull y trouve son compte avec une production record cette année avec plus de 196 000 tonnes de papier. « Le marché est bon et plus de 80 % de ce que l’on fabrique va directement à l’utilisation, de sorte que notre inventaire est composé uniquement de 20 % de notre production, ce qui est peu », rajoute M. Lorrion au Connexions Affaires Outaouais.
L’avenir de Domtar, comme pour toutes les industries de pâtes et papiers au Canada, est tributaire du taux de change de notre devise.
« L’année 2004 sera une année charnière pour notre industrie et il faut que la devise américaine s’apprécie si on ne veut pas connaître des difficultés. »
La relève, un autre défi à relever
L’usine Domtar d’Ottawa-Hull, tout comme les papetières de la région, est confrontée à un épineux problème : la relève s’annonce plutôt rare et les postes à pourvoir au cours des prochaines années sont nombreux.
Papetiers, plombiers, électriciens et mécaniciens sont au nombre de ces postes qui seront disponibles au cours des prochaines années. On parle d’une moyenne de 25 retraités par année au cours des dix prochaines années, soit la moitié des effectifs de l’usine Domtar d’Ottawa-Hull seulement. Le phénomène est similaire pour toutes les usines de pâtes et papiers de l’Outaouais et du Québec.
Pourquoi les jeunes manquent-ils d’intérêts pour ces emplois pourtant bien rémunérés ? « Peut-être parce qu’on a eu mauvaise presse dans les années 70 et 80 à cause de la pollution, avance Martin Lorrion, directeur général de l’usine Domtar d’Ottawa-Hull. Les choses ont bien changé depuis et les conditions de travail ont également évolué. Le travail de papetier n’est plus le même. Les opérations sont toutes informatisées. Nous devons refaire l’image de cette profession car les postes à combler seront nombreux et que la relève n’est pas là. »
Pour refaire cette image, Domtar se déplace dans des écoles et participe à des événements comme la Foire de l’emploi en Outaouais. « Les jeunes se voient davantage dans des emplois de services que dans des métiers traditionnels, poursuit M. Lorrion. De jeunes travailleurs de notre usine viennent témoigner de leur expérience et cela semble être un moyen efficace pour convaincre certains jeunes de suivre leurs traces. »
En plus de publiciser les écoles qui forment
des papetiers au Québec, Domtar entend aussi travailler sur un
programme de formation d’apprentis directement en usine. Cela fait
partie des solutions avancées pour résoudre l’énigme de la relève.
Cette façon de faire favorisera l’embauche de papetiers. Pour ce qui
est des autres métiers, comme les soudeurs, les mécaniciens, les
électriciens et les plombiers, c’est une autre histoire. La relève est
encore plus rare et les papetières vivent les mêmes problèmes que les
constructeurs du Québec. Le gouvernement du Québec a déjà compris
qu’il faut redorer l’image de la formation professionnelle. Des
campagnes publicitaires ciblées ont été produites à cet effet dans le
but d’informer les jeunes sur les perspectives d’emploi intéressantes
dans les professions traditionnelles.
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