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L’entretien du réseau routier québécois :
une industrie comprenant plusieurs acteurs
par Martine Frigon
Les travaux routiers qui se déroulent dès la fin de la période du dégel sont une source de
contrariété plus qu’autre chose, bien qu’en tant
qu’automobilistes, nous n’estimions pas les nids-de-poule et
autres imperfections de la route! Pour aider à comprendre et
peut-être à apprécier le travail effectué, regardons de plus près
les étapes nécessaires à la réalisation des contrats de réfection
ou de construction de routes avec les différents intervenants qui
participent à l’exécution de ces projets. Un survol du réseau routier québécois Le réseau routier québécois comprend 185 000 km de routes. Le ministère des Transports du Québec en gère
quelque 29 000 km. Ce sont des autoroutes, des routes nationales,
régionales ou collectrices, 4 700 ponts et viaducs, 1 200 km de
chemins d’accès aux ressources et 3 600 km de chemins de mines.
Les municipalités quant à elles gèrent 92 000 km de routes, rues,
chemins locaux et ponts, pour lesquels le ministère verse une aide
financière. Les autres 60 000 km sont gérés par d’autres
ministères provinciaux et fédéraux, ainsi que par Hydro-Québec.
Les routes du Québec sous la responsabilité
du MTQ sont numérotées. Par exemple, les autoroutes sont classées
de 0 à 99 et de 400 à 999. Nous n’avons qu’à penser à l’autoroute
30, la 15 ou encore la 440! Viennent ensuite les routes nationales
qui représentent les grands axes interrégionaux et
extra-provinciaux, les liaisons entre les agglomérations urbaines
principales (généralement de 25 000 habitants et plus), les
corridors touristiques majeurs de même que les accès aux
aéroports, ports et traverses maritimes d’importance. Il existe
également des routes régionales, qui comprennent les liaisons
entres les agglomérations urbaines secondaires (généralement entre
5000 et 25 000 habitants) et ces dernières avec les agglomérations
urbaines principales; les liaisons des centres ruraux à caractère
industriel, les accès aux stations touristiques majeures de même
qu’aux aéroports, ports et traverses maritimes d’importance
régionale. Les autres routes classifiées sont les routes
collectrices, les chemins d’accès aux ressources et les routes
locales de niveaux 1, 2 et 3. La construction des routes : en asphalte ou en béton? Selon les données du ministère des
Transports du Québec, le nombre de véhicules de promenade a
augmenté de 68% de 1985 à 2000, passant de 2 285 479 à 3 843 685.
Pour la même période, le nombre de véhicules lourds s’est
également accru, plus précisément de 34,5%, passant de 80 054 à
107 687. Ajoutons la grandeur du territoire québécois, la rigueur
du climat et le fait que durant plus de quatre mois le sol puisse
être gelé à des profondeurs variant entre 1 et 3 mètres selon la
région. Voilà les principaux éléments à tenir compte pour
l’entretien et la construction du réseau routier québécois. Fait à
noter durant la période de dégel : la résistance de la chaussée
est réduite de l’ordre de 40%! En raison de ces variables, que doit-on
utiliser comme matériaux? Guy Tremblay est chef du Service des
chaussées au ministère des Transports du Québec. Selon lui,
l’asphalte (appelé enrobé bitumineux dans le jargon de
l’ingénierie) et le béton ont tous deux leur place. Tout dépend de
l’utilisation que l’on en fait. “Les deux techniques sont bonnes
et valables à des niveaux différents. À partir de la période de
conception minimale, une chaussée en enrobé bitumineux est conçue
pour une durée de vie de 20 à 25 ans, tandis qu’une chaussée en
béton de ciment est de 30 à 35 ans. Ainsi, pour les routes où
passent une grande quantité de poids lourds quotidiennement,
généralement plus de 2 700, le béton de ciment est recommandé. »
L’autoroute 13 à Laval en est un bel exemple
: artère achalandée et utilisée par de nombreux véhicules lourds,
un tronçon a été refait en béton de ciment. D’autres autoroutes
construites en enrobé bitumineux au départ connaîtront le même
sort lorsqu’elles nécessiteront des travaux de reconstruction.
Monsieur Tremblay cite entre autres l’autoroute Henri IV à Québec.
« Cette autoroute n’a pas été conçue originalement en béton de
ciment. Lorsqu’il y aura une reconstruction majeure, il est prévu
de la refaire en béton de ciment. » Au fait, qu’en est-il donc de
la durée de vie d’une autoroute avant qu’elle ne nécessite des
travaux majeurs? Les autoroutes 20 et 40 par exemple, entre Québec
et Montréal, devront un jour recevoir une cure de rajeunissement.
En attendant, du resurfaçage à des intervalles de 10 à 15 ans
permet d’en allonger la durée de vie utile. Appels d’offres et attribution des contrats Le ministère des Transports est le principal
fournisseur de travaux routiers; viennent ensuite les
municipalités. Pour tous travaux dont le contrat est estimé à 25
000$ et plus, le ministère lance des appels d’offres par
l’entremise de MERX, un système électronique. Pour les travaux de
construction, deux autres moyens sont aussi disponibles: les
Publications Transcontinentales inc, via le Journal Constructo et
le site Internet www.constructo.ca. Notons que les unités
administratives du ministère ont le choix du fournisseur pour les
contrats dont la valeur estimée est inférieure à 25 000$. Tous les
contrats de construction sont attribués pour des travaux régis par
la Loi sur le bâtiment (L.R.Q., C. B-1.1) et les fournisseurs
doivent détenir la licence requise en vertu du chapitre IV. Les appels d’offres sont lancés par le
Service des contrats du ministère des Transports du Québec. M.
Jacques Darveau est chef du Service de gestion contractuelle. « Le
ministère comporte plusieurs unités administratives qui sont
responsables de préparer les plans et devis. Ces derniers sont
ensuite envoyés au Service des contrats à Québec. Nous ajoutons
des instructions aux fournisseurs pour ensuite acheminer tout le
dossier en appel d’offres», explique-t-il. Ainsi, lorsqu’un appel
d’offres est diffusé, les ingénieurs du ministère ont déjà élaboré
les plans et devis, dressé la liste des matériaux qui seront
utilisés pour le contrat de réfection ou de construction et prévu
les investissements nécessaires à la réalisation des travaux. Les
entreprises soumissionnaires doivent cautionner 10% du coût des
travaux. Les soumissions sont alors dévoilées à une date
préalablement mentionnée dans l’appel d’offres. “Nous vérifions la
conformité des offres et c’est le plus bas soumissionnaire
conforme qui recevra le contrat. Ceci vaut pour des travaux de
construction ou de déneigement”, précise Monsieur Darveau. Pour le
suivi et la gestion du contrat, ils sont assumés par l’unité
administrative du ministère dans la région où se déroulent les
travaux. À titre d’exemple, la firme EBC gère un
chantier important dans la ville de Québec: un projet de 24 M$.
Les travaux consistent à refaire en une seule structure les deux
viaducs portant une partie de l’autoroute 40. Attenant à cette
nouvelle structure, on construira un pont pour une nouvelle
bretelle au nord de l’autoroute Duplessis. Entre autres, les
matériaux utilisés pour ce pont sont le béton blanc, le béton noir
et le granit noir. La recherche au profit de l’entretien des routes Le Laboratoire des chaussées au ministère
des Transports du Québec a pour but de concevoir et de mettre au
point un système de chaussée qui maintient les routes sécuritaires
à moindre coût. Des ingénieurs et d’autres ressources en font
partie et ils étudient l’état de la fissuration, le confort de
roulement, la profondeur des ornières et les effets du gel. C’est
pourquoi, un camion multifonction parcourt les routes du Québec
afin de poser des diagnostics sur les routes étudiées. « Ce camion
dresse un bilan et nous savons où nous devons intervenir. Par
exemple, la fissuration nous donne un indicateur sur l’état de
fatigue d’une chaussée », explique Guy Tremblay. À l’aide des
données recueillies, les meilleurs types d’intervention sur tel ou
tel réseau routier sont ainsi déterminés. Mentionnons que la
recherche en partenariat avec les milieux universitaires et les
entreprises fait aussi partie des activités du Laboratoire des
chaussées. “Nous sommes le laboratoire le plus avancé en termes
d’équipements au Canada en raison des particularités du climat
québécois : beaucoup d’humidité, du gel et des précipitations”,
précise Nelson Rioux, chef du service des matériaux
d’infrastructures au Laboratoire des chaussées. La gestion du réseau routier renferme donc
plusieurs intervenants et comporte plusieurs facettes. Du
nid-de-poule à l’attente impatiente des automobilistes en présence
de travaux routiers, se cachent donc une industrie importante et
surtout une recherche constante pour améliorer la sécurité
routière.
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