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Des forêts privées " sous-financées " par Sylvain Dupras Depuis 1995, les régions de l'Outaouais, des Laurentides et de Lanaudière n'ont plus leur part du gâteau pour mettre en valeur leurs forêts privées, de sorte que seulement 10% des propriétaires de lots boisés ont un plan d'aménagement forestier, alors que la moyenne provinciale à ce chapitre est de 27,5%. Pourtant, ces trois régions possèdent la plus importante réserve de bois feuillus destinés notamment à la fabrication de meubles, une industrie en plein essor au Québec.
Les trois agences régionales ont donc convenu de faire front commun afin de revendiquer de Québec leur juste part du gâteau au chapitre des investissements destinés à la mise en valeur des forêts privées. Ces trois agences, sur les 17 que compte le Québec, s'emparaient de 11,7% du budget provincial pour la mise en valeur des forêts privées en 1995. En 2002, cette proportion est passée à 8,9%. " Québec doit consentir une somme additionnelle de 1,44 million $ dès 2003 pour nos trois régions ", a avancé Normand Vachon, président de l'Agence régionale en Outaouais. " Ces sommes sont nécessaires afin d'améliorer la qualité des bois feuillus qui contribuent à consolider l'approvisionnement des usines de transformation de nos régions. "
Plus concrètement, M. Vachon souhaite que l'enveloppe consentie à ces trois régions passe de 3,1 millions $ à 7,2 millions $ en 2007 soit 3,6 millions $ pour l'Outaouais, 2,6 millions $ pour les Laurentides et 950 000$ pour Lanaudière. " Avec un tel montant, on viendrait mettre fin en bonne partie au sous-financement de nos trois régions par rapport aux autres régions du Québec, rajoute M. Vachon. Les travaux sylvicoles additionnels pourraient engendrer la création d'environ 70 emplois directs et indirects par année. "
Des répercussions inquiétantes
Dans ces trois régions, ce sous-financement a donc des répercussions sur l'aménagement forestier, obligeant les propriétaires à investir davantage ou à laisser en plan leurs boisés. Une étude réalisée par la firme Pierre Mathieu, foresterie conseils, note que la contribution de l'industrie forestière au financement de la forêt privée en 2001 représentait une moyenne provinciale de 20%. En Outaouais, par exemple, cette proportion était de 45%.
Comme règle générale, l'aide financière de Québec peut couvrir jusqu'à 80% des travaux réalisés sur des terres privées, la balance étant à la charge du propriétaire. Il est question de feuillus, comme l'érable, qui entre dans la production du bois d'œuvre et dans la fabrication de meubles, un créneau important dans le marché de la transformation au Québec.
Pour Lucien Gratton, président de l'Agence régionale de mise en valeur des forêts privées des Laurentides, il est donc urgent d'intervenir de façon importante dans la forêt feuillue des forêts privées de ces trois régions parce que " les usines de transformation situées au nord-ouest du Saint-Laurent ont un accès beaucoup plus limité que celles situées au sud du Québec aux billots de qualité disponibles aux États-Unis. Nos sols sont productifs mais notre potentiel est limité en raison du sous-financement. Ce qui nous rend plus vulnérables avec l'accord de libre-échange qui force les fabricants de meubles du Québec à s'approvisionner en bois chez nos voisins du Sud plutôt que dans leur propre province. "
La situation est d'autant plus préoccupante que 25% des propriétés boisées de plus de quatre hectares au Québec se retrouvent sur le territoire de ces trois agences régionales. De plus, les usines de sciage et de déroulage de ces trois régions, qui représentent le tiers des usines de tout le Québec, risquent d'avoir de sérieux problèmes d'approvisionnement au cours des prochaines années étant donné la baisse de la qualité des approvisionnements constatée récemment en forêt publique. L'intérêt est présent
Une étude réalisée par le Groupe Optivert démontre que 50% des propriétaires de forêts boisées sont intéressés à aménager leurs lots à long terme. Le sous-financement actuel fait en sorte que seulement 10% d'entre eux le font, souligne Clément Ricard, président de l'Agence régionale de mise en valeur des forêts privées de Lanaudière.
" Le besoin additionnel de 1,44 million$ dès l'an prochain est d'autant plus justifié que nos trois agences régionales sont parmi les quatre agences qui dépendent le plus de la contribution de l'industrie forestière, ce qui les rend très vulnérables aux fluctuations des marchés des usines de transformation. Le potentiel est énorme et nous comptons nous faire entendre par Québec. " L'étude d'Optivert démontre également qu'en investissant massivement dans des travaux sylvicoles axés sur l'augmentation de la qualité des feuillus durs, l'impact total sur la valeur ajoutée des produits sera de près de 3,1 millions $ (en dollars constants) par année après 21 ans et de 54 millions $ après 26 ans.
La requête des trois agences régionales a
été envoyée à Québec et une rencontre devrait avoir lieu le
printemps prochain afin de trouver un terrain d'entente. Le front
commun des trois agences régionales vise à donner plus de poids
à cette requête et à faire comprendre au gouvernement, avec des
études d'experts en main, l'urgence d'intervenir.
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