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  Ce dossier a été publié dans l'édition de février 2003 du Magazine Circuit industriel.
   
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Deux autres méga-projets
hydroélectriques au Québec

Eastmain-1 et la centrale Eastmain-1-A/dérivation Rupert

par Martine Frigon

Ils seraient les derniers grands projets hydroélectriques au Québec, nous dit-on à la Société d'énergie de la Baie-James. Le projet d'aménagement hydroélectrique de la rivière Eastmain-1 et celui de la construction de la centrale de l'Eastmain-1-A avec la dérivation de la rivière Rupert engendrent tous deux des investissements de quatre milliards de dollars. Les coûts de construction sont estimés à 750 millions pour chaque projet. Au-delà des chiffres, ceci représente des installations d'envergure et du travail pour des milliers de personnes pendant une dizaine d'années.

 


Photo : Société d'énergie de la Baie-James

 

Le premier projet a déjà débuté cet automne et l'autre est en études d'impact environnemental. La Société d'énergie de la Baie-James, la SEBJ, en est le maître d'œuvre. Fait à noter, ces méga-projets hydroélectriques seront réalisés à la suite d'un accord entre la nation crie et le gouvernement du Québec.

 

Entente historique avec la nation crie

 

" Ces projets hydroélectriques découlent de la signature de la Paix des braves, en février 2002 ", précise Anne Lussier, de la Société d'énergie de la Baie-James. Il s'agit d'une entente qui dédommage les Cris, mais également les inclue dans la participation au projet en leur assurant une part des contrats de construction.

 

Rappelons les faits qui précèdent cette entente : le 23 octobre 2001, le projet de construction de barrages hydroélectriques et de la déviation de la rivière Rupert est officialisé par un accord entre le gouvernement du Québec et les Cris. Cette entente de principe est rendue possible grâce à un engagement financier de 3,5 milliards en 50 ans, du gouvernement du Québec envers les Cris.

 

Les Cris, satisfaits des conditions proposées qui consistent à assurer leur autonomie sur leur propre développement économique et social, abandonnent alors les poursuites juridiques de 500 millions contre le gouvernement du Québec, qui a été accusé de ne pas avoir évalué au préalable les impacts environnementaux et sociaux des coupes forestières sur leur territoire.

 

Le méga-projet Eastmain-1

 

La mise en service de l'aménagement hydroélectrique Eastmain-1 est prévue pour 2007. Ce projet consiste à construire une centrale, un barrage principal sur la rivière Eastmain, un évacuateur de crues situé sur la rive droite de la rivière et des digues pour la fermeture du réservoir. La centrale comptera trois groupes turbines-alternateurs d'une puissance installée d'environ 480 MW. Elle aura une production annuelle avec apport moyen de près de 2,7 TWh. Le barrage principal mesurera environ 890 m de long sur 70 m de haut. Une trentaine de digues seront nécessaires pour la fermeture du réservoir dont les niveaux maximal et minimal seront respectivement de 283 m et 274 m. L'évacuateur de crues, quant à lui, aura une capacité de 5 500 m3/s lorsque le réservoir sera à son niveau maximal. De plus, une ligne de 315 kV et d'approximativement 70 km devra être construite entre la centrale et le poste de la Nemiscau, afin d'intégrer la centrale au réseau de transport.

 

Tout d'abord, il a fallu construire une route d'accès permanente depuis ce poste jusqu'au chantier de construction. " Jusqu'à maintenant, nous finalisons la route pour se rendre à la rivière Eastmain. Nous devions nous rendre à un point plus près de la rivière et il n'y avait pas de route. Nous sommes aussi en train d'aménager le campement pour les travailleurs. Il sera terminé pour le mois de mars 2003. Toutefois, nous l'agrandirons au fur à mesure que le nombre de travailleurs s'accentuera ", précise Anne Lussier. " Quant aux travaux d'excavation pour la construction de la centrale, ils débuteraient au printemps ", ajoute-t-elle.

 

Le projet de construction de la centrale Eastmain-1-A et de la dérivation Rupert

 

Cet autre projet, aussi important que celui d'Eastmain-1, est présentement en phase de consultation. Selon Madame Lussier, le résultat des études d'impact environnemental et les approbations de tous les ministères concernés devraient être terminés à la fin de 2003.

 

Selon le calendrier projeté par la SEBJ, le début de la réalisation du projet est prévu vers la mi-2005. Le projet touchera trois sites : Variante DR-314-2001, Eastmain-1-A et La Sarcelle. Pour la Variante DR-314-2001, les travaux consistent à construire quatre barrages, approximativement 51 digues, des canaux, un canal de transfert d'environ 12 000 m et un évacuateur de crues sur la Rupert d'une capacité de 3 630 m3/s. On projette également de construire une route de 100 km à partir du poste d'Albanel. Eastmain-1-A comprendra jusqu'à quatre turbines d'une puissance totale de 770 MW et La Sarcelle renfermera un ouvrage régulateur, une quatrième vanne ou une centrale, le choix n'étant pas encore déterminé. En tout, les deux projets pourront produire jusqu'à 5,6 TWh/année.

 

Jusqu'à 2 400 travailleurs sur le chantier

 

La pointe des travaux pour la construction du projet Eastmain-1 se fera en 2004, où plus de 2 400 travailleurs seront présents sur le chantier. Pour l'année en cours, la SEJB prévoit employer 800 travailleurs. En 2005, 1 500 personnes sont attendues, contre 750 en 2006 et une centaine en 2007, année prévue pour la fin des travaux.

 

" Dans l'entente, une enveloppe de 300 millions de dollars de contrats est offerte d'abord aux entrepreneurs cris pour le projet Eastmain-1 et un montant de 240 millions pour le projet de la centrale Eastmain-1-A/Rupert ", explique Madame Lussier. Il y aura également beaucoup de travail pour les non-autochtones et certains travailleurs sont déjà sur les lieux. Ils sont principalement des ingénieurs, des techniciens, des personnes de métiers spécialisés ou encore des camionneurs de vrac.

 

 

Collaboration entre les Cris et les travailleurs non-autochtones

 

Hellen Vezeau est directrice de l'Association des camionneurs en vrac de la région 08 en Abitibi. Les membres de cet organisme, tous des camionneurs artisans, ont été employés par Cris Construction, un entrepreneur du chantier. " Nous avons une excellente collaboration avec les Cris. Des camionneurs cris sont devenus membres de notre association et Cris Construction emploie présentement une soixantaine de camionneurs membres de notre association ", explique-t-elle. Michel Trudel est directeur du sous-poste de Chibougamau, membre également de l'Association des camionneurs artisans. " Les projets Eastmain-Rupert, un chantier qui durera 10 ans, va nous amener du travail. Déjà au chantier, 20 à 25 % de mes membres camionneurs artisans vont aller là-bas ", précise-t-il.

 

Selon madame Lussier de la SEBJ, ces projets hydroélectriques seraient les derniers méga-projets de ce type au Québec. Il reste qu'ils donneront du travail bien rémunéré aux Cris mais également aux non-autochtones pour plusieurs années.