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Environnement
Les légumes finissent mal
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par
Myrna Chahine |
Il y a longtemps que dans des pays européens comme l'Allemagne ou la
Suède, les carottes et les brocolis ne prennent plus le chemin du
dépotoir. Il était donc temps que la ministre du Développement
durable et de l'Environnement, Mme Line Beauchamp, annonce son
projet de politique québécoise de gestion des matières résiduelles.
C'est ce qu'elle a fait le 16 novembre dernier, date à laquelle nous
avons appris que les épluchures de nos légumes préférés devraient
faire leur dernier voyage vers les sites d'enfouissement en 2020.
Cette politique — la troisième en cette matière depuis l'arrivée des
libéraux au pouvoir — prévoit l'injection de sommes importantes pour
la mise en place d'infrastructures en vue du traitement des matières
organiques. On prévoit que 650 millions de dollars seront mis à la
disposition des municipalités et des promoteurs privés pour la
construction des usines où s'effectueront le tri, la
biométhanisation et le compostage des aliments putrescibles.
Un des effets bénéfiques de cette politique est de contribuer à la
création d'emplois. En général, on considère qu'une tonne de déchets
recyclés créée 10 fois plus d'emplois qu'une tonne de déchets
enfouis. Dans le cas présent, il est question de près de 5200
emplois qui seront générés par la mise en place de ces mesures. Par
ailleurs, les Québécois remportent la palme (peu enviable) des plus
grands producteurs de déchets par personne au Canada, et ce depuis
plusieurs années. Bien qu'en 2008, ils ont expédié plus de rebuts au
recyclage qu'au dépotoir, ils parviennent quand même à remplir 810
kg de déchets par an chacun, soit 340 kg de plus qu'en 2005! Depuis
les 10 dernières années, on observe une augmentation de 12 % des
détritus envoyés vers les dépotoirs. Or si on ne peut espérer une
diminution de la consommation, il faudra miser sur le contrôle de
l'élimination. Un des objectifs de la politique est donc de réduire
la production de déchets à 700 kg par personne, par an, d'ici 2015.
Lors de l'annonce de cette politique, la ministre a expliqué « que
la décomposition de ces matières dans les sites d’enfouissement
dégage d’importantes quantités de méthane, un gaz à effet de serre
dont le potentiel de réchauffement climatique est de 21 fois
supérieur à celui du gaz carbonique ». C'est que les déchets
putrescibles, une fois dans les dépotoirs, ne se décomposent pas par
enchantement, comme nous avons plus ou moins tendance à le croire.
Ceux qui se sont risqués au compostage savent qu'il faut autant de
connaissances que de bonne volonté pour la réussite du humus! Dans
les dépotoirs, les déchets de table ne se métamorphosent pas en
engrais; ils constituent une importante source de contamination des
sols et des eaux de surface et souterraines. Il en va tout autrement
de la biométhanisation : il s'agit d'un processus de dégradation
naturel et biologique qui résulte dans la production d'un gaz, le
biométhane. Ce carburant vert pouvant se substituer à certains
carburants fossiles pourra être utilisé pour chauffer des bâtiments
ou alimenter une flotte de véhicules.
Aux municipalités de jouer
Les municipalités sont appelées à organiser ce qui deviendra une
troisième collecte. Celle-ci devrait recueillir près de 40 % du
contenu de nos déchets actuels! Dans nos foyers, il s'agira de faire
au préalable un autre tri, ce qui devrait être beaucoup moins
sorcier que la maîtrise du savant mélange d'oxygène, d'azote et de
carbone requis pour un compost réussi! La ville de Victoriaville,
championne des mesures audacieuses en environnement, a déjà mis en
place un programme de collecte des déchets domestiques et fait la
démonstration de sa viabilité.
Pour les municipalités qui traîneront de la patte lors de
l'implantation de ces collectes, la ministre a prévu une
augmentation des redevances imposées aux sites d'enfouissement en
guise de motivation. Actuellement, le coût de l'enfouissement d'une
tonne de déchets est de 10,65 $ (!) Il est prévu que cette somme
sera doublée au cours des prochaines années. Pour ce faire, la
ministre entend déposer un projet de règlement modifiant le
Règlement sur les redevances exigibles pour l’élimination de
matières résiduelles et le projet de règlement sur les garanties
financières exigibles pour l’exploitation d’une installation de
valorisation de matières organiques.
Cette politique voit le jour à point nommé. Mais elle s'inscrit dans
une série de mesures qui ne doivent même plus, désormais, être
qualifiées de progressistes, puisqu'elles répondent à ce que tous,
citoyens et politiciens, doivent appréhender comme une nécessité. Ce
petit pas, qui réduira la quantité des gaz responsables de l'effet
de serre, contribuera à réduire notre trace sur l'environnement. 
Myrna Chahine
Professeure de philosophie
Cégep Marie-Victorin
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