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L'eau embouteillée : tout sauf écologique
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par
Marie-Élaine Lambert |
Pour les Nord-Américains, s'il est un produit
pour lequel il est impensable de payer, c'est bien l'eau qui sort de
nos robinets. Mais étrangement, les Québécois, ainsi que leurs
confrères canadiens et américains, sont prêts à payer leur eau plus
chère que le pétrole. Comment? En achetant de l'eau embouteillée.
Bien qu'accessible à tous et "gratuite", du moins au Québec, l'eau
du robinet rebute plusieurs consommateurs qui lui préfèrent l'eau
embouteillée.
Au Québec, la consommation d'eau embouteillée a
explosé ces dernières années, suivant la tendance mondiale de ce
marché en pleine expansion. "En 13 ans, la consommation mondiale
d'eau embouteillée a été multipliée par 18,4 passant de 7,5
milliards de litres d'eau embouteillée en 1940, contre 138 milliards
en 2003" (site Internet de Développement et Paix). Alors, comment
expliquer que ce marché soit évalué à 43 milliards de dollars
lorsque les changements climatiques nous rappellent sans cesse
combien l'heure est grave?
La mise en marché de l'eau est en effet en plein essor. Depuis
quelque temps, son goût et son image ont été revisités. Sur les
tablettes, à la traditionnelle eau de source s'ajoute de l'eau
naturelle avec ou sans bulles pétillantes, avec ou sans saveurs
fruitées. Jamais l'eau n'aura eu autant de goût différent de celui
du robinet. En achetant cette "nouvelle eau" embouteillée on nous
promet une eau plus saine et plus sécuritaire, mais aussi plus pure
et donc, de meilleur goût. Or, il n'en est rien. Des études
scientifiques prouvent que l'eau du robinet est tout aussi bonne
voire meilleure que plusieurs marques d'eau embouteillée.
De grandes multinationales, comme Coca-Cola et Pepsi, n'ignorent
sans doute pas ces faits: elles nous vendent de l'eau embouteillée
provenant de systèmes d'aqueduc. À titre d'exemple, au Québec, l'eau
Dasani provient des robinets de la ville de Brampton, en Ontario et
appartient à Coca-Cola. De son côté, Pepsi embouteille l'eau
Aquafina à partir des robinets de multiples municipalités
canadiennes. Toujours aussi pure, l'eau embouteillée? En Amérique du
Nord, ainsi qu'en Europe, les réseaux de distribution d'eau sont
pourtant très strictement contrôlés. Toute eau ne vaut donc pas la
peine d'être achetée. Néanmoins, un Canadien sur cinq ne consomme
que de l'eau embouteillée.
Bien sûr, nous sommes loin derrière les Italiens, les Mexicains, les
Belges, les Français et les Américains qui occupent les cinq
premiers rangs de consommateurs d'eau embouteillée. Mais, tout comme
sa consommation, les conséquences environnementales de la
commercialisation de l'eau sont internationales. Même si l'eau
potable est généralement d'excellente qualité et moins chère (pour
une collectivité), l'image que véhicule l'eau achetée et l'effet de
mode l'emportent sur la conscience environnementale de plusieurs.
En effet, l'eau en bouteille représente un coût environnemental très
élevé. Le calcul de son impact débute à la source même du produit.
Pour satisfaire une demande croissante, l'exploitation excessive de
l'eau entraîne le tarissement des cours d'eau et des nappes
phréatiques. On peut penser à Dasani qui puise son eau dans des
nappes phréatiques indiennes pour ensuite l'exporter. Ensuite, il
faut calculer les dépenses énergétiques pour le pompage, le
traitement (si l'eau provient de nos aqueducs...), la mise en
bouteille, l'emballage, le transport, le stockage et la livraison de
l'eau. Rien pour aider la diminution des gaz à effet de serre,
surtout que l'eau en bouteille provient rarement de l'endroit même
où elle est consommée. L'eau du robinet bénéficie d'un système de
distribution beaucoup plus rentable, plus efficace et moins
énergivore, mais elle n'arrive pas à faire face à la concurrence.
Quant à la bouteille d'eau, bien qu'elle soit très pratique et
actuellement très "tendance", elle n'est pas écolo. Sa fabrication
est faite de plastique en polyéthylène téréphtalate, un dérivé du
pétrole brut. À l'échelle mondiale, 2,7 millions de tonnes sont
nécessaires, ce qui n'est pas négligeable considérant le cycle de
vie du produit. Dans le meilleur des cas, la bouteille sera envoyée
au recyclage. Sinon, elle sera envoyée à la décharge et prendra plus
ou moins 500 ans avant de se dégrader. Au pire, elle sera incinérée,
entraînant l'émanation de polluants toxiques. Évidemment, le
recyclage demeure la meilleure option, mais il ne faut pas oublier
que ce dernier ne constitue pas une solution "miracle" en raison des
coûts et des infrastructures nécessaires à une telle opération.
Sachant que près d'un milliard de personnes sur terre souffrent d'un
déficit en eau, tout porte à croire que la consommation journalière,
hebdomadaire, voire occasionnelle d'eau embouteillée, ne soit pas
favorable au développement durable. Le virage vert de l'or bleu doit
se faire rapidement. Pour les plus résistants aux changements,
quelques solutions sont à votre portée.
Premièrement, s'assurer auprès de sa municipalité de la bonne
qualité de l'eau avant sa consommation. Si celle-ci présente une
odeur ou un goût de chlore, il faut laisser la bouteille ou le
contenant ouvert pour que le chlore s'évapore; quelques heures
suffisent.
Deuxièmement, se procurer une bouteille de plastique réutilisable,
très "tendance" également!
Troisièmement, si et seulement si vous devez acheter de l'eau
embouteillée, deux embouteilleurs québécois proposent leur produit:
Amaro, en eau "plate", et Saint-Justin, en eau pétillante. En
achetant des produits locaux, vous réduirez les émissions de gaz à
effet de serre liées au transport.
Somme toute, constatant l'inégale répartition de l'eau dans le monde
et une consommation qui ne cesse d'augmenter, une réflexion sur nos
habitudes de consommation s'impose.

Marie-Élaine Lambert
Professeure de géographie
Cégep Marie-Victorin
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