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Couvert du Magazine Circuit industriel

  Cette chronique a été publiée dans l'édition de février 2004 du Magazine Circuit industriel.
   
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Spécial ! 11 pieds de chaîne pour le prix de 10

par Ken Yamasaki,
conseiller technique

Un client me montre la chaîne à rouleaux de son convoyeur et me dit : « Vous voyez comme la chaîne semble être tordue vers la gauche et ensuite vers la droite ? » « Oui. » « Est-ce normal ? »

 

La réponse était évidente. Le client n’avait malheureusement pas pris le soin de s’assurer de la qualité de la chaîne que le fabricant du convoyeur lui a fournie.

 

Je lui réponds : « Il y a plusieurs qualités de chaînes sur le marché. La vôtre fait partie de celles qu’on vend à 11 pieds pour le prix de 10. C’est-à-dire qu’on achète 10 pieds et, en tirant par les deux extrémités, on obtient 11 pieds. »

 

On rit, mais le client avait 1 500 pieds de chaînes sur ses convoyeurs !

 

Comme pour tout produit, la chaîne répond à plusieurs critères de qualité et de spécialisation. Le malheureux client avec ses 1 500 pieds de chaîne avait fort probablement une des pires qualités que j’ai vues à ce jour. Sa pitoyable fabrication se voyait à l’œil nu. Cependant, il n’en est pas toujours ainsi. En effet, la plupart du temps, la qualité du produit ressortira seulement à l’usure. Beaucoup de gens ne s’attarderont pas à déterminer le type de chaîne qu’ils devraient se procurer. Pourtant, une bonne chaîne peut durer facilement trois à quatre fois plus longtemps qu’une autre de moins bonne qualité. Une chaîne spécialisée (avec traitement anti-corrosion, sans lubrifiant, etc.), encore plus.

 

Crédit : Renold

 

La chaîne à rouleaux : à la base

 

En regardant de plus près l’aspect technique de la chaîne à rouleaux, il est important de savoir que plusieurs données de performance publiées par les manufacturiers sont basées sur un modèle standard. Ce standard, appelé ANSI, fut établi par un groupe de fabricants de chaînes et il est basé sur la performance moyenne de ce groupe. Notons que plusieurs fabricants dépassaient de beaucoup la performance de ce standard. Le plus important est de savoir que la différence entre une bonne chaîne et une mauvaise n’est pas principalement sa capacité statique (breaking load), mais plutôt sa capacité de résistance à l’usure. Il est recommandé de changer une chaîne après qu’elle ait subi une élongation de 3 %. Plus de 3 %, non seulement la chaîne se dégradera beaucoup plus rapidement, mais elle entraînera aussi une usure prématurée des roues dentées. La vitesse à laquelle une chaîne atteindra ce 3 % d’élongation en déterminera sa qualité et sa valeur d’achat.

 

Crédit : Renold

L’importance de sa construction

 

L’élongation d’une chaîne durant son usage n’est pas due à un étirement de l’acier, mais plutôt à l’usure de ses composantes. On comprend alors pourquoi un des facteurs déterminants dans l’usure d’une chaîne est la qualité de sa construction. Une tolérance serrée des dimensions fera en sorte que la chaîne sera très droite et que la charge sera répartie de façon égale sur la largeur de la chaîne : un problème dont notre client s’est vite rendu compte. La dureté et la concentricité des axes et des rouleaux minimiseront son usure. L’assemblage des composantes joue aussi son rôle. Certains fabricants assemblent leurs chaînes afin qu’elles soient légèrement plus courtes et ensuite les étirent pour les amener à la bonne longueur. Ceci compense pour l’étirement initial que l’on voit pendant la période de rodage d’une nouvelle chaîne.

 

Lubrification et usure

 

Un autre facteur déterminant dans la rapidité de l’usure d’une chaîne est sa lubrification. L’huile est utilisée pour créer un film entre l’axe, le faux rouleau et le rouleau. Un manque d’huile engendrera un contact métal sur métal et une usure prématurée. Afin de conserver ce film d’huile, il est nécessaire de lubrifier la chaîne régulièrement. À moins de 130 pieds par minute, l’utilisation de méthodes manuelles ou automatiques (telles qu’un lubrificateur avec pinceau) est acceptable. Entre 130 et 1 200 pieds par minute, on recommande un bain d’huile et au-dessus de 1 200 pieds, un jet d’huile.

 

Crédit : Renold  

Élongation et tension

 

Tel que discuté précédemment, l’usure de la chaîne crée une élongation qui, si laissée à elle-même, occasionnera des problèmes de vibration, fera possiblement grimper la chaîne sur le bout des roues dentées et ainsi, l’endommagera. L’ajustement régulier de l’entre-axe des roues, afin d’éliminer le jeu qui s’est crée, est indispensable au bon fonctionnement de la transmission. Une alternative à cet entretien périodique est l’utilisation d’un tendeur à chaîne automatique tel que celui fabriqué par la compagnie Rosta.

 

Roues dentées

 

Il est important de ne pas oublier d’inspecter les roues dentées. L’installation d’une nouvelle chaîne sur des roues usées écourtera la durée de vie de la chaîne. Une règle de base consiste à changer les roues quand le profil des dents est pointu ou approximativement tous les trois changements de chaîne.

 

 

Chaînes spécialisées

 

Dans la dernière décennie, plusieurs fabricants ont sorti des chaînes spécialisées afin de contrer la dégradation prématurée de leurs chaînes. Face à un problème de corrosion, les fabricants ont développé des chaînes en acier inoxydable, avec des recouvrements de zinc, nickel ou chrome. Dans une application où l’entretien de la lubrification est un problème, les fabricants possèdent maintenant des chaînes autolubrifiantes. Pour vous donner un aperçu de l’impact de ces chaînes spécialisées, le fabricant Renold indique que sa chaîne autolubrifiante SYNO peut durer 15 fois plus longtemps qu’une chaîne standard non lubrifiée. Dernier cri, Renold vient aussi de sortir une chaîne, nommée SYNERGY, qu’il dit durer trois fois plus que sa chaîne standard.

 

Bref

 

La chaîne de transmission peut sembler très banale comme produit, surtout qu’après 2000 ans d’existence, on ne s’attend pas à de gros changements. Mais à l’encontre de ce que beaucoup peuvent imaginer, les nouveaux développements de ce type de produit sont nombreux et un second coup d’œil vaut probablement la peine. Du moins, c’est maintenant ce que notre malheureux client du début en pense avec ses problèmes de convoyeur... 

 

Vous pouvez joindre Ken Yamasaki, conseiller technique chez
General Bearing Service au (514) 527-4513 ou par courriel : ken@gbs.ca