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L'environnement impose enfin ses lois à l'automobile
Le respect de l'environnement et la diminution de la pollution sont des sujets chauds. Pour cause, le réchauffement de la planète se fait de plus en plus ressentir. Fonte précipitée des glaces polaires, tempêtes destructrices fréquentes partout dans le monde et neige dans les pays méditerranéens ne sont que quelques événements qui nous font réaliser que Dame Nature en a pris pour son rhume récemment. La situation n'est pas encore apocalyptique, mais nous sommes tout de même près du gouffre.
Le gouvernement canadien commence d'ailleurs à réagir. À preuve, il a enfin donné au ministère de l'Environnement le soin de s'occuper… de l'environnement ! Autrefois, ce mandat était confié au ministère des Transports. Un des (nouveaux) rôles du ministère de l'Environnement consiste désormais à mettre en place des mesures concrètes afin de diminuer la pollution provenant des voitures.
Deux cibles : la voiture et le carburant !
Afin de réduire les émissions produites par nos voitures, le ministère de l'Environnement cible deux principaux éléments, soit le carburant et l'automobile. D'ici 2006, de nombreuses normes entreront en vigueur et permettront de réduire drastiquement les effets négatifs de l'automobile sur notre environnement, du moins en ce qui a trait à la pollution atmosphérique. Pour ce faire, notre gouvernement se rallie à notre puissant voisin du sud, les États-Unis, afin d'établir des stratégies à court, moyen et long terme. Contrairement aux années passées, les nouveaux règlements seront totalement arrimés à ceux des États-Unis et permettront aux constructeurs automobiles de produire des modèles de voiture qui répondront simultanément aux normes des deux pays.
Cinq mille décès causés par la pollution atmosphérique
Pour bien comprendre l'impact des polluants provenant de notre moyen de transport de prédilection, il est nécessaire de connaître l'un de ses plus grands impacts. En fait, c'est 5 000 Canadiens qui décéderont cette année à cause de la pollution atmosphérique engendrée, en partie, par nos voitures. Au Canada seulement, les rejets polluants provoquent annuellement près de deux fois plus de morts que les collisions causées par les automobiles.
De nombreux gaz nocifs
L'automobile, comme nous l'explique Jean-François Banville, ingénieur principal aux enjeux atmosphériques à la Direction de la protection de l'environnement chez Environnement Canada, rejette plusieurs types de gaz, dont des nocifs qui peuvent être classés en deux grandes catégories : les polluants conventionnels (qui sont les principaux polluants atmosphériques) et les polluants toxiques (qui sont les plus dangereux pour la santé). " Parmi les polluants conventionnels qui proviennent des émissions de nos voitures, on retrouve les composés organiques (l'essence qui n'est pas brûlée), le monoxyde de carbone (CO), les oxydes d'azote (NO et NO2) et différentes particules. Quant aux polluants toxiques, ceux qui sont vraiment dangereux et nocifs pour la santé, se trouvent le benzène (un élément cancérigène que l'on retrouve aussi dans la fumée de tabac), le 1-3 butadiène, l'acétaldéhyde (un élément que l'on retrouve dans la peinture, l'encre et le vernis) et les PM10 (particules de moins de 10 microns qui sont environ 40 fois plus petites qu'un diamètre de cheveu. " L'ensemble de ces polluants est très nocif pour notre santé et pour l'environnement, bien qu'il le soit à divers niveaux.
Le ministère impose sept nouveaux règlements uniquement pour le carburant
Le but du gouvernement est évidemment de freiner cette source de polluants qui contribue à vicier l'air. Comme je le soulignais, Environnement Canada vise deux plaies, l'automobile et le carburant. Pour le carburant seulement, sept nouveaux règlements sont et seront imposés aux compagnies pétrolières. Quatre d'entre eux touchent plus particulièrement le domaine de l'automobile. Au total, " l'industrie pétrolière aura dépensé cinq milliards de dollars pour entrer en conformité avec nos nouvelles normes ", affirme Monsieur Banville. Parmi les nouveaux contrôles que l'on impose aux pétrolières se trouve la diminution du taux de benzène (élément qui sert à élever l'indice d'octane) que l'on limite en ce moment à 1 % de concentration dans l'essence. D'ailleurs, depuis 1997 (l'année de l'instauration de cette loi), on note une diminution de près de 30 % du benzène dans l'air. Pour l'instant, il n'y a pas d'autres mesures qui seront fixées par rapport au taux de benzène dans l'air puisque Environnement Canada le juge adéquat.
Environnement Canada entend aussi réduire de façon drastique le soufre que rejettent dans l'air les voitures et les camions. Pour l'essence, cela signifie une baisse de 90 % des rejets de soufre d'ici 2005 (les émissions passeront donc de 300 parties par million [ppm] à 30 ppm). Pour ce qui est du diesel, le changement sera encore plus apparent. D'ici 2006, les normes fixeront le taux à 15 ppm alors qu'il est actuellement de 500 ppm, une réduction de plus de 97 % par rapport à la norme actuelle.
Le soufre, que l'on retrouve naturellement dans l'essence et le diesel, diminue beaucoup l'efficacité du catalyseur (élément qui a pour mission de réduire les émissions polluantes produites par la combustion du carburant) de votre voiture. En effet, le soufre a comme mauvaise habitude de désactiver l'effet filtrant du catalyseur. Pour effectuer une analogie afin de faciliter la compréhension de son fonctionnement, il est possible de comparer le catalyseur à une usine d'épuration d'eau. Dans cette dernière, par exemple, les particules polluantes sont réduites à néant (ou presque) grâce à différents procédés de filtration. Et bien, il serait possible de comparer le soufre à du papier qui obstruerait les filtres et nuirait ainsi au but du catalyseur qui est de filtrer les émissions polluantes pour ne pas en rejeter dans l'air.
La dernière des quatre normes qu'a instauré le gouvernement fédéral est celle qui régit le débit de distribution de carburant. " Le débit des pompes à essence est au maximum de 38 litres à la minute. Cette limite est imposée, car les systèmes de captation des vapeurs d'essence des véhicules ne peuvent actuellement pas en filtrer plus ", affirme M. Banville. Bien sûr, cet équipement a pour but de réduire les émissions volatiles qui, autrement, auraient pris la clé des champs. Avec ce nouveau système, le gouvernement prévoit aussi réduire de 50 % les émissions fugitives d'essence, c'est-à-dire les émanations qui étaient produites lorsque le véhicule était au repos. Elles seront désormais récupérées afin d'être utilisées par le moteur.
Une hausse de un sou du litre pour diminuer la pollution
Pour arriver à rencontrer tous ses objectifs, le ministère de l'Environnement a imposé de nombreuses nouvelles lois aux compagnies pétrolières. Ces dernières ont dû modifier beaucoup de leurs méthodes. " Le coût de ces transformations ne fera augmenter le prix que d'environ un sou du litre ", explique M. Banville. C'est très peu lorsque l'on pense aux conséquences de la pollution causée par l'automobile. " Le jeu en vaut donc vraiment la chandelle !
Enfin, il semble qu'il y ait un courant de
changement en ce qui concerne la préservation de notre
environnement. L'automobile constitue en ce moment un des nombreux
maux de cette planète. Bien sûr, en réduisant la pollution
qu'émet ce moyen de transport ou en substituant son carburant par
une énergie propre comme les carburants alternatifs mentionnés
lors des dernières parutions, l'automobile polluera beaucoup
moins. Mais, bien au-delà de ce simple constat, il est possible
de se questionner sur ses propres habitudes d'utilisation de
l'automobile. Plutôt que de faire refléter un avenir brillant à
cette dernière, il est important d'apporter un bémol à toutes
ces innovations, car l'automobile a été et demeurera toujours
une source de pollution. Puisqu'on ne peut éviter son utilisation
dans la plupart des cas, essayons plutôt de la voir comme un mal
nécessaire, qui déclenche les passions certes, mais que l'on
doit utiliser avec réserve.
Propos recueillis par Frédéric Masse d'AUTOSTOP avec Pierre Michaud.
Pierre Michaud est l'animateur du populaire magazine automobile télévisé AUTOSTOP diffusé tous les dimanches matin, à 10 h, sur les ondes de TQS
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